CHAPITRE XX
V Essai sur la philosophie des Indous ^ de M. Colebrook, on voit que les Upanisliads, ou dernières sections des Védas, recommandent une vie ascétique et contemplative, comme renfermant les véritables moyens de salut. Cette doctrine a produit une foule d’anachorètes, dont l’influence sur le vulgaire est supérieure à celle des brabmines , de même que chez les juifs, les prophètes obtenaient un crédit plus étendu que les descendants d’Aaron. La conséquence de cette recommandation d’une vie contemplative , conséquence reconnue par les Védas même, est qu’une plus grande autorité doit être accordée aux révélations intérieures de la conscience, qu’aux révélations des livres sacrés , dont les prêtres sont les gardiens héréditaires; et ce principe, une fois admis, devient manifestement subversif de toute hiérarchie de castes, puisqu’il élève l’anachorète, de quelque tribu qu’il soit, au-dessus du hrahmine. En effet, plusieurs écoles actuelles de philosophie, dans l’Inde, vont jus(pi’<à préférer hautement les révélations produites dans l’ame par une profonde méditation, aux Védas ou saintes Ecritures.
L’éloge de la vie ascétique , et surtout la croyance aux mystérieuses révélations de ceux qui la pratiquent, conduit nécessairement à attribuer des qualités surhumaines aux sages qui se retirent loin des demeures agitées des hommes, pour aller jouir, au désert, de leurs méditations divines. Il ne fallait à un individu de cette classe qu’une intelligence supérieure et des circonstances favorables, pour attirer autour
TABLEAUX DE L’INDE
de lui des admii’ateurs , des adhérents et des disciples; pour devenir le fondateur d’une religion nouvelle, et peut-être le réformateur du système politique. Il aurait probablement trouvé les brabmines, se reposant sur leur pouvoir privilégié, livrés à la fois à l’arrogance et a la mollesse; il aurait vu les basses classes privées des lumières de l’instruction par la jalousie de leurs supérieurs, et, en même temps, cette ignorance servait d’excuse pour leur interdiction des droits civils. Son premier appel se serait adressé aux pauvres, et il aurait ete accueilli avec un avide empressement par une multitude de partisans. Le réformateur se rencontra dans la personne du Bouddba-Sakia-Muni, c’est-à-dire du saint ermite Sakia. L’époque de son apparition varie considérablement, non seulement chez les différentes nations Bouddhistes, mais dans les traditions de chacune de ces nations. Schmidt, dans son Histoire des Mongols^ dit avoir trouvé, parmi les Thibetains, treize dates différentes, dont les deux plus éloignées étaient séparées par un espace de mille ans. La dernière de ces époques est celle adoptée par le Singhalèse, qui place la vie de Sakia entre les années 638 et 542 avant Jésus-Christ.
Conformément aux mérites qu’ils attribuent à une \ie passée dans le célibat, les Bouddhistes croient que Sakia était né d’une vierge immaculée , qu’il était une incarnation divine, et qu’à son apparition dans le monde , toutes les divinités inférieures durent lui rendre hommage. Son père putatif était roi de Mogadha, dans l’Inde méridionale, et fut si charmé de la