CHAPITRE XX
nécessairement panthéistes; car le panthéisme est le résultat naturel auquel conduit la raison livrée à ses seules lumières ; mais il en est peu qui se soient arrêtées là: la plupart du temps, les hommes cherchent au-delà de ce monde matériel et changeant, ce qui est immatériel et immuable. Les Bouddhistes arrivent à cette notion, en retranchant tous les attributs qui impliquent l’imitation, jusqu a ce qu’il ne reste plus que l’idée simple de l’entité. Cette abstraction extrême, qu’on a désignée par le nom de \ Être qui n'est rien, est pour eux le Dieu suprême. Le monde et ses trompeuses apparences n’ont qu’une existence illusoire; ils sont le produit d’êtres ou d’agents qui émanent au quatrième degré de l’Etre suprême on Sunya. L’homme attribue à ces apparences terrestres une réalité qu’elles ne possèdent pas, regarde comme des biens de véritables maux, se laisse vaincre par les vicissitudes de la vie, et s’écarte de sa destination originelle. Il doit donc détacher son ame de tous les objets qui excitent les passions ou les désirs; il doit se vouer à une profonde contemplation, pour arriver à cette science intuitive , à cet état de l’ame dans lequel elle reconnaît la nature de ces visions décevantes, et parvient à dominer par là le monde et les illusions. L’ame, ainsi dégagée des passions et des affections mondaines, devient elle-même Bouddha. Après la mort, elle passe à l’état de Nirwana, s’absorbe alors tout entière dans le Sunya, et s’identifie complètement avec la Divinité.
Telle est la meilleure explication qu’on puisse donner
TABLEAUX DE LTNDE.
Wi
de la doctrine de Sakia, au milieu du mysticisme dont lui ou ses sectateurs ont enveloppé son système; mysticisme dont le lecteur pourra juger par l’exemple suivant :
a Bouddha dit : Ma religion ou ma loi consiste à « concevoir ce qui est inconcevable ; ma religion cona siste à suivre la route où l’on ne peut passer ; ma « religion consiste à parler avec des paroles qu’on ne « peut dire; ma religion consiste à pratiquer ce qui est « impraticable. »
Sakia employa sa vie entière à la propagation de ses doctrines ; mais comme il ne paraît pas qu’il ait jamais positivement réuni ses adhérents en corps de secte , il échappa à la persécution. Lorsqu’il eut dépassé sa quatre-vingtième année, il assembla ses principaux disciples , et leur recommanda de former une association distincte après sa mort.
Il les prévint que cette mesure les exposerait infailliblement à une persécution cruelle , et leur recommanda de chercher leur refuge dans les montagnes du nord de l’Inde, quand le jour d’angoisse et de danger serait arrivé. Il leur conseilla aussi de se munir de figures taillées à son image, dont la vue devait servir à fortifier leur foi. On fit donc des statues qui représentaient le Bouddha aux différentes périodes de sa vie. La plus célèbre est celle où il est représenté assis , la main droite appuyée sur son genou , tenant à la main gauche un chapelet, et le front ombragé de boucles de cheveux en désordre, tels qu’ils étaient après son séjour dans le désert.