CHAPITRE XXll
parcourir soixante-dix milles dans une heure, et engloutissant, dans sa marche rapide, toutes les frêles embarcations qui se rencontrent sur son passage. Ce phénomène n’a jamais lieu du côté où Calcutta est située, et ne fait guère ressentir ses effets que dans un quart du courant de la rivière, de sorte que les navires sont généralement hors de sa sphère d’action, H en résulte néanmoins quelquefois une telle agitation dans la masse des eaux, que les plus grands vaisseaux sont jetés à la côte et roulent ballottés avec une extrême violence.
Caleutta possède l’avantage immense d’une navigation intérieure, qui en fait l’entrepôt d’une trèsgrande variété de marchandises étrangères : ces marchandises sont transportées, par le Gange et les courants qui en sont tributaires, dans les provinces du nord de l’Indostan, et celles-ci renvoient en échange leurs produits à la capitale, par les mêmes canaux. La valeur des denrées communément exposées en vente par les négociants indigènes passe toute croyance; on estime que, sur l’article du drap seul , il se fait des affaires pour la somme moyenne d’un million sterling (a 5 millions de francs). Par suite de la diversité des marchandises apportées dans cette ville, le numéraire en circulation n’est presque jamais inférieur à dix-huit ou vingt millions sterling (45o à 5oo millions de francs); il est pourtant probable que les faillites considérables qui ont eu lieu dans ces derniers temps , en paralysant le crédit, auront ralenti en grande partie cette prodigieuse émission d’espèces
TABLEAUX DE L’INDE
monnayées. En 1808, la banque du gouvernement de Calcutta fut établie. Cinquante lacs de roupies (environ un million 200 mille francs) furent avancés par le gouvernement et des spéculateurs particuliers, tant indigènes qu’Européens : quarante lacs appartenaient à ceux-ci , et dix lacs aux premiers.
Calcutta a reçu de grands embellissements, et s’est beaucoup étendu dans les cinquante années qui viennent de s’écouler. On n’y voit plus le Trou noir, ce monument érigé par M. Folwel, pour perpétuer la mémoire de l’horrible cruauté du Sevajee-ud-Dôlah, qui, s’étant rendu maître de la capitale britannique du Bengale, fît jeter cent quarante-six prisonniers dans un affreux cachot de vingt pieds carrés, où ils périrent tous, à l’exception de vingt-trois d’entre eux qui survécurent à leurs compagnons. L’ancien hôtel du Gouvernenient, et plusieurs autres édifices qui existaient il y a un demi-siècle, ont également disparu. La ville s’est principalement agrandie vers le bord oriental de la rivière. La pagode de Govinda- Baen-Mittul est, je crois, encore debout. C’est un vaste monument d’une forme particulière; et quoiqu’il ne possède aucune des beautés supérieures qui distinguent 1 architecture indienne, il est néanmoins d’une construction élégante. Cette pagode était autrefois en grande vénération ; mais aujourd’hui elle n’est plus visitée que par les individus des castes inférieures.
Le nombre des habitants de Calcutta , tant indigènes qu Européens, est évalué à six cent mille, et la contrée environnante, dans un rayon de vingt milles