‹ L'Inde pittoresque. Calcutta. TexteChapitre 135 sur 136 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

(six lieues), passe pour en contenir à peu près deux millions et demi.

Un moment avant l’apparition du soleil, l’air est d’une fraîcheur délicieuse à respirer; il est d’usage en conséquence de se lever de grand matin , et d’aller faire une promenade à cheval avant le déjeûner, qui est préparé pour neuf heures. A une heure et demie, on sert une collation, et le dîner a lieu au coucher du soleil. Les vins que l’on consomme principalement sont le Madère et le Bordeaux. Les tables sont couvertes d’une grande variété de gibier, de perdrix, de cailles, de paons, de dindons sauvages, d’ortolans, de lièvres , et de toute espèce de venaison ; on peut se procurer du fruit en abondance et à très-bon marché. Mais le mets le plus exquis que l’on mange à Calcutta, est le poisson du Mango, ainsi nommé parce qu’on le pèche seulement dans la saison où mûrit le mango , et qui laisse bien loin derrière lui , jmur la délicatesse du goût, tous les poissons connus en Europe. Il est impossible, pour quiconque n’a pas traversé l’Océan indien , de se figurer le luxe dans lequel vivent les hommes de loi. Leurs jeunes clercs eux-mêmes affectent une telle magnificence, et tiennent un état de maison si dispendieux, que, malgré la libéralité avec laquelle ils sont rétribués, il leur arrive souvent de contracter des engagements nombreux, qu’ils deviennent par la suite incapables de jamais acquitter.

A peu près à cent milles (33 lieues) au-dessus de Calcutta, à l’embouchure de l’Hougly, est le Delta du

TABLEAUX DE L’INDE

Gange , connu sous le nom de Sunderbonds , et formé par un labyrinthe de courants et de criques; l’eau y est partout salée, excepté dans ceux qui communiquent immédiatement avec le bras principal du fleuve sacré. Ces nombreux canaux sont disposés de manière à établir un système complet de navigation intérieure.

Peu d’années avant notre visite à Calcutta, le capitaine d’un bâtiment du pays, qui passait par les Sunderbonds , envoya une embarcation dans l’une des criques , afin de se procurer quelques-uns des fruits que cultivent les habitants misérables et peu nombreux de cette région inhospitalière. En arrivant à terre, les matelots qui montaient la chaloupe l’amarrèrent sur le rivage , et laissèrent l’un d’entre eux pour veiller à sa garde; mais pendant leur absence, le lascar qui était chargé de ce soin se coucha sous les bancs, accablé par la chaleur, et ne tarda pas à s’y endormir. Tandis qu’il était plongé dans cet heureux état, où toutes les idées demeurent suspendues, un énorme boa sortit du jongle voisin, rampa jusqu’à la chaloupe, et déjà il avait roulé ses vastes anneaux autour du corps du dormeur, qu’il était sur le point de broyer dans leur étreinte , quand par bonheur, en cet instant critique, les compagnons de celui-ci, airivant à son secours, attaquèrent le monstre, et lui ayant coupé une portion considérable de la queue , le mirent ainsi hors d’état de nuire davantage. On eut peu de peine a l’achever ensuite. Après l’avoir mesuré, on lui trouva soixante-deux pieds et quelques pouces de long.

u.tn

Page 1