‹ L'Inde pittoresque. Calcutta. TexteChapitre 14 sur 136 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

départ d’Hurdwar, nous entrâmes à Serinagour. Durant tout le trajet du dernier jour, nous avions eu constamment en perspective la neige des monts , formant sur cette chaîne lointaine, comme une blanche draperie descendue du ciel. Elle se découpait distinctement sur les cimes à une hauteur incalculable , et réfléchissait les rayons du soleil , avec mille effets d’optique et de lumière qui transportaient l’imagination dans un monde fantastique, et composaient un spectacle d’une nouveauté et d’un grandiose extraordinaires.

xAussitot après notre arrivée à Serinagour, nous fumes présentés au rajah. C’était un homme rempli d’intelligence, de manières polies, et d’un abord ouvert et aisé. Sa physionomie, sans offrir aucun trait de caractère particulier, ne manquait pas de vivacité. Toute sa manière d’être faisait naître la confiance : ce fut avec une cordialité non feinte qu’il nous accueillit. Dans sa franchise, il y avait pourtant quelque chose d’un peu efféminé, à cause de l’attention qu’il paraissait prendre à sa parure extrêmement soignée. Il portait, autour des poignets, de larges bracelets d’or, et ses doigts étaient chargés de bagues de toutes formes et de toutes grandeurs, du même métal précieux.

La population de Serinagour est de race mêlée ; on y reconnaît pêle-mêle les traits de l’habitant des montagnes, de l’habitant des plaines, du Patan, du Tartare, du Chinois, de l’Indou : quelques individus portent la physionomie spéciale d’une de ces races. Ils ont le teint légèrement basané et très-peu de barbe :

TABLEAUX DE L’INDE

aussi ceux qui en ont un peu plus que les autres, ne manquent pas d’en tirer vanité. Au total, ce peuple est d’un naturel doux, inoffensif, et bien qu’il ne manque pas découragé pour repousser les agressions, il n’a déployé pour sa défense, lors de la conquête, qu’une intelligence fort bornée, eu égard aux ressources naturelles que lui offrait son sol montagneux.

Le second jour de notre arrivée, le rajah nous rendit une visite dans les règles, accompagné des principaux officiers de sa cour. Cependant il y eut peu d’étiquette dans cette démarche, quoiqu’elle pût passer pour officielle , puisque le prince se présentait revêtu de son plus beau costume de cour. A uotre première entrevue, nous lui avions fait présent d’une paire de pistolets et d’une montre. Quand il vint nous voir, il porta ce bijou avec lui, et nous pria de lui en expliquer les mouvements, les fonctions et les divisions du cadran, comme s’il n’avait jamais vu rien de semblable, et bien qu’il eût souvent entendu parler de cette merveilleuse invention, avec enthousiasme, par ceux de ses compatriotes qui étaient allés dans la plaine et avaient fréquenté les Européens. Il parut enchanté quand on lui eut fait comprendre la structure compliquée de sa montre; ce qui ne fut pas difficile, car il avait l’intelligence très-prompte. Cette promptitude, au reste, est commune à tous les individus de la race indoue. Je crois qu’on n’a pas, jusqu’ici, apprécié à leur juste valeur les heureux dons qui distinguent ce peuple éminemment favorisé par la nature. On n’a trop souvent étudié ses facultés morales qu’au travers

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