CHAPITRE III
Les Ghoiiikas. — Le colonel Gillespie. — Siège de Kalunga.
L’indépendance des montagnards de l’Himalaya a reçu de graves atteintes par suite de la tyrannie des Ghourkas, qui régnèrent sur la partie méridionale de ces contrées jusqu’à ce que le gouvernement anglo- indien vînt les déposséder à l’époque de la guerre du Népaul. L’organisation politique de ces montagnards, étant une pure féodalité, présentait tous les inconvénients ordinaires de ce système, et , entre autres , une absence totale d’unité. Le district, qui est fort étendu, était tout entier divisé en petits états gouvernés chacun par un chef indépendant : tous ces chefs à demi barbares ne rougissaient pas de faire du pillage un moyen de conquête. Aussi n’étaient-ils occupés qu’à se rançonner les uns- les^ autres, le plus fort tombant sur le plus faible; d’où
TABLEAUX DE L’INDE
il résultait qu’ils vivaient dans un état de guerre permanent.
Les continuelles révolutions qui agitaient un pays ainsi constitué, accélérées par les mœurs incultes et grossières des peuples, faisaient de ceux-ci une proie facile pour le premier conquérant qui aurait la hardiesse d’escalader leurs montagnes, et de dicter des lois fixes à tant de membres épars , tous prêts à obéir pourvu qu’ils se vissent réunis sous une autorité commune ; tous prêts à sacrifier, pour une condition plus prospère , leur âpre et sauvage indépendance.
L’état de Ghourka, situé à l’ouest du Népaul, était, il y a quelques années, gouverné par un chef entreprenant, qui, résolu de conquérir tout le pays de la montagne, dirigea toutes ses pensées et toutes ses ressources vers la réalisation de ce plan.
Il soumit d’abord la fertile vallée de Népaul, qui était la clef de ses futures conquêtes. Cette vallée contenait une vaste étendue de terrain fertile, mais sans maîtres, dont les productions riches et variées lui promettaient une ample récolte. Ce chef ambitieux mourut peu de temps après cette conquête importante, et eut pour successeur son fils, guerrier farouche et non moins entreprenant. Il continua le plan de son père avec l’énergie naturelle à son caractère. Maître par succession de ressources puissantes, il tourna ses armes contre les petits souverains de la montagne, qu’il ne tarda pas à subjuguer, malgré une vigoureuse résistance. Il finit par être assassiné, et eut pour successeur un étranger de son sang, Ummur-