CHAPITRE Iir
sing-Tliappa , qui usurpa la souveraineté, non seulement de l’état de Ghourka, mais encore de tous les districts montagneux limitrophes. Ce fut sous le joug de ce tyran que les montagnards se virent durement dépouillés de leur liberté et de leur indépendance.
Les guerriers ghourkas, formés à une discipline sévère, mais savante, par des commandants pleins d’expérience et de sagacité, sont souvent supérieurs et ne sont jamais inférieurs aux autres troupes indiennes, ignorantes, comme eux, des ressources de la tactique européenne. Ils sont insensibles aux dangers, et toujours prêts à tenir tête au premier ennemi qui se présente. L’obéissance est à leurs yeux le premier devoir du soldat. Aussi sacrifient-ils, sans balancer, leur vie à l’accomplissement de leur consigne militaire. La plus légère infraction à cet égard passe vis-à-vis d’eux pour le comble du déshonneur. N’ayant pas une idée bien nette du droit, mais possédant au plus haut degré la conscience du devoir, ils obéissent à l'autorité qui commande leur soumission , avec une fidélité patiente et inébranlable que ne peuvent altérer même les plus barbares traitements. Eminemment doués du sentiment de l’bonneur, il arrive bien rarement qu’ils trahissent la confiance dont ils sont l’objet, même de la part d’un étranger. Enfin, leur longue suite de victoires et leur persévérance connue h défendre leurs conquêtes, en firent des ennemis bien loin d’être méprisables pour nos armées dans la guerre du Népaul.
Pour preuve du caractère résolu que déploient les
TABLEAUX DE L’EN DE
guerriers ghoiirkas dans la défense de leui’s conquêtes, il me suffira de rapporter un fait mémorable qui eut lieu en i8i4-
Un fort détachement commandé par le colonel Gillespie, l’un des plus braves officiers au service d’Angleterre , avait été envoyé pour faire le siège de Kalunga, petite forteresse dans le Dhoun. Le colonel Gillespie eut le malheur d’être tué à l’assaut. La garnison était d’environ trois cents hommes , tandis que les assiégeants formaient un corps d’armée de près de trois mille hommes, dirigés par des officiers pleins de courage et d’expérience. Après une lutte acharnée, dans laquelle ces derniers perdirent beaucoup de monde, le fort fut évacué par le restant de la garnison , en tout soixante-dix hommes , lesquels , se frayant de vive force un passage au travers des défilés gardés par leurs ennemis , réussirent à s’échapper sans autre accident qu’un très-petit nombre de tués. A la pointe du jour, l’officier qui avait le commandement depuis la mort de Gillespie prit possession du fort, où il ne trouva que les murs écroulés, des ruines noircies par le feu et couvertes de morts et de mourants. Ce fut alors qu’on put juger la résistance désespérée qu’avait dû faire cette poignée de soldats à demi civilisés , contre des forces hors de toutes proportions, supérieurement disciplinées et dirigées par les plus habiles officiers de l’armée anglo-indienne. Ce que les assiégés avaient fait et souffert passait toute croyance. Certes, il n’avait fallu rien moins qu’une patience héroïque et un courage indomptable pour