CHAPITRE HL
les soutenir dans une pareille situation ; les vainqueurs en furent amplement convaincus par le spectacle horrible qu’ils avaient sous les yeux. Leurs oreilles étaient déchirées par les lugubres gémissements des mourants ; leurs cœurs se soulevaient à la vue du sol que jonchaient des membres mutilés et arrachés par l’explosion des bombes , à l’aspect de cadavres défigurés , déjà noirs et putréfiés, gisant h la place même où ils avaient reçu le coup mortel sous une grêle de balles. Les restes des premières victimes de ce siège meurtrier avaient été ensevelis à peine à la surface de la terre. Aussi, de toutes parts, les voyait-on à demi découverts, présentant le plus hideux spectacle, et exhalant dans l’air des miasmes pestilentiels. Parmi les morts et les mourants se trouvaient des femmes et des enfants, la plupart horriblement défigurés, mais encore vivants et implorant d’une voix lamentable une goutte d’eau pour apaiser la rage de la soif qui les dévorait, et qui ajoutait encore aux intolérables tortures de leur agonie.
Tous les soins que l’humanité pouvait suggérer furent prodigués à ces malheureuses créatures; mais tels étaient les terribles effets du bombardement, qu’un bien petit nombre de blessés survécut. Plus de cent corps morts furent mis sur un bûcber, et brûlés par nos troupes indigènes; et tous les blessés furent confiés au chirurgien des troupes anglaises, qui réussit à en guérir quelques-uns.
Ou fit peu de prisonniers. Tous furent traités avec beaucoup de douceur, en témoignage du respect des
TABLEAUX DE L’INDE
vainqueurs pour leur bravoure. En effet, les annales guerrières de ITnde offrent peu de faits comparables au siégé de Kalunga, elles n’en offrent aucun qui lui soit supérieur. Le seul qui puisse entrer en parallèle avec avantage est le siège célébré de Burtpore, où le vieux commandant Lake reçut le plus rude échec de toute sa carrière militaire dans l’iiide; et l’on sait qu’elle fut pour lui la source d’une renommée impérissable.
Malgré les pertes cruelles endurées par les Ghourkas dans cette occasion (car ils succombèrent en tout lieu sous la puissance et la discipline de nos troupes), ils ne témoignèrent aucun symptôme de cette hostilité vindicative qu’on leur attribuait dans des temps anterieurs, et qui se rencontre encore si communément parmi les races indiennes de nos jours. Us ne se livrèrent point à d’injustes représailles. Ils traitèrent leurs prisonniers avec la plus grande humanité, exprimant en toute occasion leur extrême confiance dans les officiers anglais, dont ils exaltaient la lactique supérieure avec la noble ingénuité d’un ennemi brave et généreux. Xoici une preuve de cette confiance qui mérite d’être rapportée :
Tandis qu’à chaque décharge le canon des assiégeants faisait pénétrer dans la forteresse la mort et la dévastation, un soldat ghourka, blessé, s’avança sur la brèche, et fit signe de la main qu’il voulait parlementer. Aussitôt on ralentit le feu dans nos lignes, et on accueillit cet homme avec la plus grande cordialité. Un coup de canon lui avait emporté toute