CHAPITRE III
la partie inférieure du visage. On le confia aux soins du chirurgien , et le hasard voulut qu’il guérît après un traitement fort long et fort chanceux. Dès qu’il fut assez bien pour pouvoir se mettre en route , il partit pour rejoindre les siens , annonçant, dans le langage d’un patriotisme exalté, qu’il allait joindre ses efforts aux leurs pour défendre leur pays contre un ennemi généreux, mais qui n’en était pas moins l’ennemi dé la nation. La lutte ne dura guère, et bientôt les montagnards , grâce à l’intervention anglaise , furent délivrés de la domination des Ghourkas.
Les habitants natifs de cette contrée sauvage et inhospitalière n’ont rien dans leur apparence ni dans leurs habitudes qui puisse inspirer le moindre intérêt en leur faveur. Quelques disti-icts offrent de rares exceptions , et renferment quelques individus qui rappellent la race des généreux et vaillants montagnards. En général, les hommes sont petits de stature, mais leurs membres sont musculeux et souples, ce qui leur donne beaucoup de force et d’agilité. Leur physionomie n’est pas prévenante, et si, d’un côté, l’aspect de leur personne ne fait qu’inspirer de la pitié pour l’état de dégradation civile et sociale où ils végètent, de l’autre côté , la basse servilité de leurs manières ne fait que corroborer cette fâcheuse impression. Parmi les paysans mêmes, les principaux, appelés zémindars, qui possèdent de grandes fermes, et savent se procurer, comparativement , toutes les douceurs d’une vie aisée , ne sont pas , sous le point de vue moral , dans une condition meilleure que les derniers de leurs
TABLEAUX DE LTNDE.
subalternes. Ce sont les mêmes vices , la bassesse , la servilité, la fausseté. Ils mentent, ils dérobent, ils volent toutes les fois qu’ils en trouvent l’occasion , comme si le mensonge , le larcin et le vol étaient les trois vertus cardinales. Leur ignorance est honteuse pour l’humanité, et cependant ils ont au plus haut degré cette astuce habilement déguisée, si commune aux intelligences dégradées. Leurs princes partagent les vices, l’ignorance et le mépris de toute instruction qui les caractérisent, et qui, de la part de ces derniers, sont la source de plus grands maux, en raison de leur plus grande puissance.
J’ai parlé de la force musculaire de ces peuples, et surtout de celle des classes les plus pauvres. En effet, la plupart ont les jambes en disproportion avec le corps. Depuis la cheville jusqu’à la hanche, c’est un tissu de muscles qui conviendrait à des géants de six pieds, et leur taille ne s’élève guère au-delà de cinq. Mais la vie active de ces hommes explique naturellement le développement extraordinaire et l’épaisseur de leur membrure. Accoutumés dès l’enfance à gravir péniblement les monts escarpés , souvent chargés de lourds fardeaux, leurs muscles acquièrent une élasticité et une force de tension inconnues aux habitants des plaines. D’un autre coté, le froid très-vif auquel ils sont si souvent exposés endurcit, resserre leurs fibres, et les rend propres à braver les rigueurs de tous les climats. Un de ces montagnards portera souvent une charge de quatre-vingt-dix à cent livres pesant à une distance de seize milles (un peu plus de