‹ L'Inde pittoresque. Calcutta. TexteChapitre 21 sur 136 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

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cinq lieues), par des sentiers raboteux et si étroits, qu à peine semblent-ils faits pour le passage des chèvres. Ce n’est pas tout, il grimpe avec cette charge le long des pics presque perpendiculaires, et se glisse sur les pentes les plus rapides , sans le moindre signe de frayeur, et, en apparence, sans la moindre difficulté.

Les montagnards de l’Himalaya, en dépit de leur dégradation sociale, n en forment pas moins une race d’hommes extraordinaire à tous égards. Toutes semences de morale ne sont pas étouffées chez eux : seulement leurs vices prévalent sur leurs bonnes qualités , et en ternissent l’éclat. L’habitant de ces contrées est 1 esclave de ses passions et d’un égoïsme insurmontable.

Les vices les plus saillants du caractère asiatique , la colère, la trahison, la vengeance brutale, la duplicité rancuneuse, la bassesse rampante, ne sont peutêtre chez ce peuple qu’une conséquence de son contact avec les populations de la plaine; conséquence poussée à l’extrême par l’impunité, et qui dégénère en une férocité de sauvages.

Leurs princes d’ailleurs sont pour eux une source de détestables exemples par les haines mortelles et les querelles qu’ils nourrissent les uns contre les autres , à l’instar des seigneurs féodaux du moyen âge. Les haines héréditaires sont tellement implacables, même entre les familles de bas étage, que rien ne peut les éteindre, sinon l’extermination d’un des deux partis. Quant aux actes de vengeance individuelle ,

TABLEAUX DE LTNDE.

leur cruauté sanguinaire na d’égale que parmi les peuplades les plus abruties du centre de l’Afrique. Ceux d’entre eux à qui la supériorité de la naissance et de la richesse permet d’acheter le dévouement de leurs vassaux au prix du pillage, tombent sur leurs voisins plus faibles, les dépouillent et les laissent ensuite méditer leur vengeance jusqu’au jour où ils trouvent moyen de l’exercer. Une preuve du peu de prix qu’ils attachent à la vie d’un semblable, c’est que la moindre plaisanterie est souvent payée par le sang, et ce sang, l’offensé le voit couler avec délices, au milieu des tortures d’agonie de sa victime. Au sein d’une dépravation si générale, il est inutile d’ajouter que la vertu des femmes est chose tout-à-fait inconnue.

Les sillenis, ou porteui-s, classe nombreuse de la population la plus pauvre des montagnes, sont paresseux au point de ne marcher qu’à coups de baguette, ainsi que j’en ai rapporté la preuve plus haut. Ils sont sourds à la persuasion , et rien n’égale leur apathie; on les voit décharger tout-à-coup leurs fardeaux dans les sentiers les plus difficiles, et se coucher étendus sur le bord des précipices, prêts à y rouler au moindre mouvement.

Les femmes de i Himalaya sont plus favorisées de la nature que les hommes. Elles sont moins courtes de stature, et leur physionomie est moins ingrate. Elles ont la taille bien proportionnée, et les traits délicats et purs, qui rendent si remarquables par leur

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