‹ L'Inde pittoresque. Calcutta. TexteChapitre 22 sur 136 · CHAPITRE lll · texte numérisé non relu

CHAPITRE lll

beauté les jeunes femmes indiennes en général. Elles sont même plus agréables que les femmes de la plaine, en ce que leur teint n’est pas plus foncé que celui des Espagnoles et des Italiennes; mais elles perdent promptement leurs agréments, et deviennent presque hideu.ses en vieillissant. Cette métamorphose, source d’amers regrets pour les personnes du sexe dans tous les pays, est peut-être hâtée par leur exposition continue aux intempéries et aux brusques variations du climat. Elles ne sont point recluses comme les femmes des hautes classes dans les autres parties de l’Inde. La jalousie brutale qui domine le caractère des Indoiis est inconnue dans ces montagnes. Les femmes y jouissent d’une liberté dont elles usent amplement, et qui est loin de s’accorder avec les lois de la morale et les convenances sociales. Elles vivent confondues avec les hommes sans aucune pudeur, et leurs rapports continuels avec eux leur donnent cette confiance en elles-mêmes, et cette hardiesse devant les étrangers qui n’appartiennent qu’aux classes supérieures de leur sexe, parmi les nations les plus civilisées.

Ces montagnards considèrent leurs femmes et leurs filles comme une propriété, la plus précieuse de toutes. Elles se livrent aux travaux de la culture avec autant d’ardeur et d’adresse que les hommes, et c’est en se rendant utiles ainsi, qu’elles échappent à cette captivité qui pèse en général sur les femmes indiennes et musulmanes. Leur liberté, néanmoins, poussée

comme elle l’est jusqu’au relâchement , les expose à des désagréments peut-être pires que la réclusion. Elles perdent l’estime et l’amour des hommes, qui, tout en faisant peu de cas des bonnes mœurs, ont néanmoins du dégoût pour tout ce qui s’en écarte. De là vient que s’ils ne mettent aucune entrave à la sensualité de leurs femmes, d’un autre côté ils ne leur accordent pas le moindre égard. D’ailleurs l’apathie de leur tempérament les rend peu susceptibles de ces mouvements de jalousie passionnée, dont les hommes sont agités dans des climats plus chauds, sous une température plus excitante.

Cette indifférence, d’une part, cette absence de toute délicatesse, de l’autre, donnent lieu, dans ces montagnes, à un des plus singuliers usages qu’offre l’histoire de l’humanité. Beaucoup d’hommes vivent en commun avec une même femme. C’est la polyandrie opposée à la polygamie des mahométans. Une femme de l’Himalaya devient souvent la propriété indivise de plusieurs frères, dont chacun , en particulier, s’unit à elle en vertu d’un contrat civil indissoluble. Les époux concurrents vivent dans la meilleure intelligence; les différends sont très-rares entre eux. Il est vrai qu’au milieu de leurs coutumes bizarres , ces hommes ont des lois sociales très-sévères, et qu’ils observent avec une exactitude scrupuleuse, en dépit de leur morale relâchée. L’enfant premier-né appartient au plus âgé des frères, et, ainsi de suite, par rotation.

Page 1