‹ L'Inde pittoresque. Calcutta. TexteChapitre 25 sur 136 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

gante table d’acajou , l’autre languissamment posée sur un somptueux morah ^ , il fume son houkah dans toute l’indolence inspirée par une température de quatre-vingt-quatorze degrés ( de Fahrenheit ). Son sircar^ s avance avec un profond salaam^ pour recevoir ses ordres de la journée ; le houkahbadar^ se tient toujours prêt a remplacer le chillum épuisé ; le pidah 4 , à porter les volontés de son maître partout où il lui plaît de les faire connaître; tandis qu’un esclave chargé du punka ^ ne cesse de l’éventer avec la large feuille de palmier. On prévient tous ses besoins ; il ne lui reste autre chose à faire pour lui-même, que de penser; et a peine ses désirs sont-ils exprimés qu’ils sont accomplis. Sa barbe est rasée, ses cheveux sont peignés, ses pieds lavés, ses ongles coupés par des serviteurs empressés. S’il s’étend sur sa couche, il est éventé par un musulman ou un hindou soumis ; s il dort, on agite au-dessus de sa tête une queue de J'ak, dont les douces et rafraîchissantes ondulations écartent les mosquites importuns, qui autrement feraient volontiers leur proie de son visage. Lorsqu’il

' Tabouret.

2 Le sircar est une espèee de majordome.

3 Le houhahhadar se tient toujours derrière le houkah. C’est pourquoi il n’a pu être représenté dans la gravure ci-jointe.

4 Le pidah est un valet de pied.

® \^e punka est un grand éventail de feuilles; mais le plus souvent c est un carré de mousseline tendu dans un cadre et suspendu au plafond. Un esclave le tire par un cordon, et l’agite de maniéré a produire dans l’appartement une espèce de courant d’air rafraîchissant.

TABLEAUX DE L’INDE

se retire pour aller prendre le repos de la nuit , il est déshabillé par un valet respectueux; et lorsqu’il se lève, après un sommeil prolongé, les mêmes mains le couvrent de nouveau de ses vêtements. Il ne sort de chez lui que porté sur les épaules de quatre robustes serviteurs , accompagné de quatre autres prêts à le servir. Quelquefois il préfère aller à pied, abrité par un chatta % dont les riches ornements resplendissent aux rayons du soleil : alors il est suivi d’une foule de serviteurs de divers rangs et revêtus de diverses fonctions, et sa promenade, soit qu’elle ait pour motif le plaisir ou le besoin d’exercice, devient une véritable procession.

Un tel luxe est inconnu aux montagnards de l’Himalaya; néanmoins, dans leurs demeures sauvages, mais pittoresques, perchés sur la crête d’une montagne, suspendus au-dessus du torrent mugissant, et bravant, pour ainsi dire, les bouleversements de la terre et les orages du ciel , ils méritent d’exciter la sympathie de l’homme, de préférence au sibarite qui est bien plutôt la victime de la civilisation qu’un vivant exemple de sa puissance. Dans ces montagnes, on voit rarement des habitations solitaires ; les maisons sont réunies en groupes de dix et de vingt, sur le penchant des collines, paraissant comme des points blancs sur leurs flancs couverts d’une sombre verdure , et formant des villages bien liés qui prêtent une agréable variété au paysage. Chaque village a son temple, toujours d’une

• Parasol.

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