CHAPITRE IV
structure grossière, quoiqu’il ne soit dépourvu ni d’élégance ni hors des justes proportions de l’architecture. Ces modestes sanctuaires s’élèvent quelquefois à la hauteur de soixante ou soixante-dix pieds, et sont divisés en plusieurs étages. Le moyen qu’on emploie pour monter d’un étage à l’autre est le même que dans les maisons : on se sert d’une poutre profondément entaillée, qui fait l’office d’une échelle. La religion de ces enfants des montagnes semble être un mélange de toutes les sectes différentes de l’Indostan , et leurs prêtres ne sont pas mieux instruits qu’euxmemes, dans les shasters, les védahs et les puranas Dans quelques districts de ces montagnes on trouve des exemples d’un singulier mode de sépulture. Quand une personne meurt et laisse après elle de quoi fournir aux dépenses de pompeuses funérailles , il est d’usage de traiter son corps d’une manière qui , à ce que j’imagine , serait plus propre à faire frissonner d’horreur la plupart des personnes riches, qu’à leur procurer un sentiment de satisfaction anticipée. On lave premièrement le corps avec soin , et après l’avoir préparé , par diverses cérémonies, à celle qui doit les surpasser toutes, on le jette dans un grand mortier ou l’on broie les os et les chairs pêle-mêle, jusqu’à ce que le tout soit réduit en une pâte épaisse; on en fait ensuite de petites boules qu’on porte dans un champ consacré à cet usage particulier et on les sème sur la terre, où elles ne tardent pas à devenir la proie
Livres sacrés des Indous.
TABLEAUX DE LTNDE.
des milans, qui planent toujours en grand nombre au-dessus de ces lieux de sépulture. Ces milans sont considérés comme saci'és par les prêtres qui leur donnent régulièrement la pâture, d’autant qu’ils sont pour ces saints personnages une source de revenu assez considérable. Il y a certains individus chargés de veiller sur ces oiseaux, de peur qu’on ne les chasse de leurs retraites favorites, ou qu’on ne les inquiète de toute autre manière. Personne , excepté leurs gardiens attitrés , n’a la permission d’en approcher , et cette précaution semble à peine nécessaire , car la superstition de la populace est si grande, qu’elle regarderait comme un acte de la plus insigne impiété, d’oser troubler l’asile de ces anthropophages emplumés. Etre englouti dans l’estomac des milans sacrés est un genre de sépulture fort dispendieux et uniquement réservé aux plus hautes classes. L’inhumation des pauvres a lieu de diverses manières : quelquefois on les brûle, quelquefois on les jette dans la rivière la plus voisine , et assez fréquemment on les abandonne sur la cime de quelque montagne solitaire, pour y servir de pâture aux vautours.
Dans certains districts , par un usage analogue, les habitants exposent le corps de leurs amis et de leurs parents à la voracité des animaux carnassiers. La seule différence est que les cadavres sont portés en grande cérémonie dans un espace fermé de murailles, où on les laisse étendus sur des grilles de fer, audessus d’une grande voûte, et entièrement dépouillés, afin qu’ils soient plus aisément dévorés. Un usage