CHAPITRE IV
semblable se retrouve parmi les Parsis de Bombay, qui sont un reste des Guèbres ou anciens adorateurs du feu. Afin de dérober à la vue l’horrible spectacle des festins qui ont lieu dans l’intérieur de ces cimetières, on les entoure d’un mur élevé, dans lequel on laisse une large ouverture pour livrer passage aux chiens, aux chacals et aux autres animaux de proie, qui se rendent chaque jour par troupes à ces dégoûtants charniers.
Les animaux que l’on rencontre dans les montagnes de l’Himalaya ne sont ni aussi nombreux, ni aussi féroces que ceux des plaines. L’éléphant est assez commun dans les régions inférieures, et l’on y trouve quelquefois , quoique rarement , le rhinocéros. Les tigres et les léopards habitent les forêts, mais fréquentent peu les lieux plus élevés. On y voit en grand nombre diverses espèces de bêtes fauves; les sangliers n’y sont pas rares, bien que moins grands et moins dangereux que dans le pays plat. Les buffles sont aussi naturels à ces contrées isolées, mais ils se tiennent confinés au pied des montagnes. Enfin, les lièvres, les singes, les chacals, les renards, trouvent également un refuge dans les solitudes les plus reculées des montagnes.
Les arbres , dans ces contrées , sont quelquefois d’une taille gigantesque : plusieurs ont jusqu’à vingt pieds de circonférence, et s’élèvent à une hauteur de plus de cent cinquante pieds, offrant à la vue un tronc entièrement dénué de branches au moins jusqu’à soixante pieds de haut, et surmonté d’une vaste cou-
TABLEAUX DE LTNDE.
roniie de feuillage, qui s’agite au-dessus comme un immense pavillon, projetant sa grande ombre à la calme et radieuse clarté du soleil couchant , et enveloppant dans une solennelle obscurité les flancs escarpés et rapides de la hauteur voisine. Dans ces lieux, chaque chose est, à vrai dire, sur une échelle tellement gigantesque, que tous les objets de moindres proportions se trouvent rapetissés à un degré qu’on aurait peine à imaginer. A quelque distance , la taille d’un homme semble réduite à celle d’une marionnette, tandis que les chevaux et les bœufs ne paraissent guère plus gros que des chiens.
Le plus singulier animal connu dans ces montagnes est le musc , espèce de daim timide et sauvage à l’excès; il réside dans les endroits solitaires, évitant la présence de l’homme , et même de tous les animaux étrangers à son espèce ; cherchant les sommets les plus inaccessibles et vivant au milieu des ravins et des précipices , qui défient l’approche des pas humains , près des lieux où régnent le froid le plus rigoureux et des neiges éternelles. On le rencontre rarement ailleurs qu’à douze mille pieds au-dessus du niveau de la mer ; il est cependant forcé quelquefois de quitter les cimes élevées, pour chercher sa nourriture d’autant moins abondante qu’on approche de plus près la région des neiges.
Le musc , lorsqu’il a atteint toute sa croissance , est environ de la taille d’un veau de six mois ; sa forme est singulière : sa tête ressemble beaucoup à celle d’un sanglier, tandis que ses pieds sont exactement ceux