‹ L'Inde pittoresque. Calcutta. TexteChapitre 28 sur 136 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

d’un daim. Il a le museau effilé et la peau de la face ridée ; son œil est petit , noir et brillant. Deux longues défenses descendent de sa mâchoire supérieure , en se courbant légèrement, et se prolongent jusqu’à plusieurs pouces au-dessus de la mâchoire inférieure. Cet animal est extrêmement vif, et si farouche , qu’il est difficile de le rencontrer et non moins difficile de s’en emparer, même après l’avoir tué ; car les retraites qu’il choisit en général , sont tellement écartées , tellement inaccessibles, que même l’habitant des monts, lorsqu’il l’a mortellement atteint, craint quelquefois de s’exposer en voulant enlever son butin. La matière appelée musc est contenue dans un sachet, sous le ventre, et ce sachet doit être coupé sur l’individu vivant; car on dit que si l’animal était tué avant que le sachet pût être séparé de son corps , le musc serait presque aussitôt absorbé dans la chair, qui s’en trouverait par là imprégnée et ne pourrait plus servir à la nourriture de l’homme. Le musc est un animal si rare , que toutes les fois qu’on en voit un , toute la population du district abandonne sa résidence pour se joindre à la chasse , et il y a tout au moins égalité de chances pour la capture ou l’évasion de l’objet de cette pénible poursuite.

Ce n’est qu’avec beaucoup de peines et de dépenses qu’on parvient à se procurer le musc que produit cet animal , dans son état naturel. Les indigènes en fabriquent une contrefaçon que l’on exporte en grande quantité à la Chine, dans le Thibet , et dans les plaines de l’Indostan.

TABLEAUX DE L’INDE

Il y a plusieurs oiseaux particuliers à ces montagnes. L’un des plus remarquables est le rutnal. Il est fort gros et plus beau que le faisan, dont il est une varitTé; sa taille est plus grande et ses formes moins délicates, quoiqu’il le surpasse de beaucoup par l’éclat de son plumage. Tout son corps est d’un bleu foncé et brillant, sans la moindre variation de teinte, tandis que le cou est d’un pourpre foncé, si richement nuancé de vert et d’écarlate , qu’il resplendit aux rayons du soleil, et produit une succession continue de scintillations, formant comme une auréole autour de lui. Son dos, jusque sous les ailes, est blanc; et dès que l’oiseau prend la volée, il déploie une large queue, dont les plumes sont d’une belle couleur de cannelle. Sa tête est surmontée d’une grosse huppe magnifiquement nuancée, qu’il peut dresser ou abaisser à volonté; gracieuse couronne qui ajoute encore au vif éclat de son cou et de sa poitrine. Au moment où il s’élève dans les airs , il fait entendre un sifflement doux et clair qu’on distingue à une distance considérable. Cet oiseau est excessivement sauvage et ne se laisse voir que rarement. Comme le musc, il se réfugie dans les retraites les plus élevées des montagnes, cherchant les endroits les plus écartés, et se plaisant dans les plus affreuses solitudes que les pas de l’homme aient jamais osé franchir. C’est ce qui fait qu’il est fort difficile à prendre. Sa chair est, dit-on , plus délicate que celle de tout autre gibier, quoique beaucoup de naturels, qui ont long-temps vécu dans le voisinage des lieux qu’il fréquente, n’aient ja-

Page 1