‹ L'Inde pittoresque. Calcutta. TexteChapitre 29 sur 136 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

mais eu le privilège d’en goûter. Il y a plusieurs oiseaux de l’espèce du faisan dans ces cantons , mais aucun n’est aussi beau de plumage ni aussi recherché pour la table que le rutnal.

On trouve encore un autre oiseau dont il est moins difficile d’approcher , mais qui , en partie pour cette raison peut-être, est beaucoup moins estimé. Le coq sauvage est aussi gros que l’espèce domestique ; son plumage est d’un brun clair, et sa tête, petite et délicate, ressemble en quelque sorte à celle d’un coq de roche. Il est assez commun, et, à tous les égards, inférieur au faisan.

La perdrix des montagnes abonde dans les forêts , et je ne connais pas de gibier d’une saveur si exquise. C’est d’ailleurs un charmant oiseau ; sa forme est plus délicate que celle de la perdrix commune et se rapproche davantage de celle de la caille, que néanmoins il surpasse de beaucoup par la richesse de son plumage, extrêmement varié, bien que le rouge et le blanc y dominent. Il a la singulière habitude de se couvrir de poussière pour se chauffer au soleil , ce qui lui donne de loin l'apparence d’une taupinière , jusqu’au moment où , son repos étant troublé, il prend un soudain essor, secoue la poussière qui le souille , et déployant ses ailes magnifiques aux rayons du soleil, comme s’il avait l’orgueilleux sentiment du vif éclat dont la nature l’a doué , va se perdre dans les retraites impénétrables des forêts.

La perdrix noire, si généralement répandue dans l’Inde, se trouve également en abondance dans les

TABLEAUX DE LTNDE.

montagnes. La chair de cet oiseau est aussi fort délicate, et son plumage bien supérieur à celui de la perdrix commune d’Europe. On rencontre aussi en grand nombre l’oiseau des jongles dont j’ai déjà parlé; il est également sauvage, et presque inabordable. Il vole rarement, mais il court dans les fourrés les plus épais, oîi il est Impossible de le suivre. Le seul moyen qu’on ait de le tirer est de l’épier à la pointe du jour, sur la lisière des forêts, d’où il sort en compagnie pour chercher pâture : il est alors aisé de le tuer. Comme la plus grande partie du gibier , dans ces hautes régions, son plumage est richement varié, et sa chair possède un fumet délicat.

Dans notre voyage, depuis les plaines jusqu’à Sérinagour, nous fûmes frappés du procédé simple que les montagnards emploient à l’égard des abeilles , dont en général ils possèdent de nombreux essaims. Ils y apportent la plus grande attention, et récompensent par des soins et de bons traitements les travaux de ces industrieux insectes. Sous ce rapport, et peut-être sous beaucoup d’autres, nos paysans pourraient prendre d’eux d’utiles leçons. Comme le miel est un aliment favori parmi les montagnards de l’Himalaya, ils en font une consommation considérable; aussi forme-t-il pour eux un article important de commerce intérieur; c’est, à vrai dire, la principale denrée qu’ils exposent dans leurs bazars, et toujours elle y trouve une prompte défaite. Ils obtiennent le miel sans détruire les abeilles, au moyen d’un cylindre de bois creux, qu’il insèrent dans le mur de leur butte, du

Page 1