‹ L'Inde pittoresque. Calcutta. TexteChapitre 3 sur 136 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

La partie supérieure du hanjan ii’offre rien de remarquable ; elle n’ombrage pas même un espace de terrain aussi étendu que le font quelques arbres de meme espece sur les bords du Gange. Quoique la tige soit assez vigoureuse, et porte en elle tous les symptômes d’une longue durée, on voit pourtant bien quelle a déjà passé l’époque de sa sève première. La main du temps s’appesantit sur elle.

Nous pénétrâmes dans les montagnes par le ghaut^ de Coaduwar. Nous rencontrâmes plusieurs voyageurs qui nous donnèrent une fâcheuse nouvelle, en nous annonçant que la neige avait commencé à tomber un peu avant leur départ de Serinagour. Cette ville était le point ou nous comptions terminer notre excursion.

Cependant, h. mesure que nous avancions, le ciel paraissait prendre une couleur de rouge foncé, quand tout a coup, au débouché d’un vallon, nous aperçûmes au loin les montagnes tout en feu. Les flammes léchaient leurs flancs sur une etendue que nous estimâmes être de plusieurs milles. Dirigées par le vent, leurs ondulations ressemblaient aux vagues mouvantes de l’Océan, embrasées par les rayons obliques du soleil à son déclin. Cette mer de feu présentait à la vue un spectacle à la fois neuf et effrayant.

De tels phénomènes ne sont pas rares. On les attribue à l’action des bambous de la plus grande espèce, dont les tiges sans aspérités, poussées par le vent.

' On appelle ghaut de vastes rampes qui conduisent d’une côte escarpée aux bords du fleuve.

TABLEAUX DE LTNDE.

produisent, à l’aide de leur frottement, des étincelles, qui bientôt se changent en un vaste incendie, et embrasent des forêts entières sur la croupe des montagnes. Ces incendies durent souvent plusieurs jours. Ils s’éteignent comme ils s’allument , en un clin d’œil , dès qu’il tombe une de ces pluies de déluge si communes dans les pays montueux , où le ciel semble ouvrir parfois toutes ses cataractes ensemble. Il est certain que rien dans nos climats tempérés ne peut donner une idée des torrents d’eau qui découlent alors des montagnes, et de la violence avec laquelle ils se précipitent. Il est presque impossible à l’homme, et même aux animaux, de résister à la rapidité de leur course. C’est dans les forêts que tout être vivant cherche alors un refuge sous le couvert des arbres immenses et séculaires, dont la cime n’est encore qu’un insuffisant abri.

Ces forêts qui ombragent la partie inférieure des montagnes, sont remplies de gibier de toute espèce, mais surtout de paons. Rien n’est agréable comme de voir, au lever du soleil, ces beaux oiseaux sortir des plus sombres réduits des bois, et couvrir les vallées de leurs troupes nombreuses.

Dans les contrées les plus basses, on trouve l’éléphant sauvage; aussi, mais plus rarement, le rhinocéros. Nous fûmes assez heureux pour jouir de la vue ■d’un de ces animaux ; hasard d’autant plus favorable, qu’ils ne se cherchent point, et ne vivent point en troupes comme l’éléphant, ce qui rend leur rencontre beaucoup plus chanceuse.

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