‹ L'Inde pittoresque. Calcutta. TexteChapitre 4 sur 136 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Ce fut au détour d’une colline formant un angle saillant et aboutissant à un ruisseau étroit, que nous vîmes sur la rive, en face de nous, un superbe rhinocéros mâle. Il était debout au bord de l’eau , la tête penchée comme s’il eût à l’instant fini d’étancher sa soif dans la fraîcheur du courant. Comme il était immobile et à environ deux cents pas de nous, M. Daniell , protégé par une saillie du rocher, put en approcher assez pour en tracer une esquisse très-fidèle. Quand il eut fini, un coup de fusil fit partir l’animal, qui se retira d’un pas tranquille dans le jongle, sans avoir l’air effrayé ni du bruit de l’arme, ni de l’aspect de notre troupe restée à une certaine distance.

Le rhinocéros a été décrit amplement par les naturalistes, et de nombreux échantillons de cette espèce existent dans tous les cabinets d’histoire naturelle de l’Europe. Toutefois nous ne croyons pas inutiles quelques détails pris aux lieux où cet animal offre les traits et les proportions les plus remarquables. Sous ce rapport, la description de l’individu dont nous donnons ici la figure peut offrir quelque intérêt, et aux naturalistes peut-être la matière de nouvelles observations.

Il existe deux espèces de rhinocéros, le bicorne et Vunicorne. La première est, je le pense, particulière aux contrées d’Afrique. Elle est inconnue dans toutes les parties de l’Inde, où l’on ne trouve que le rhinocéros unicorne. Sa taille n’est guère inférieure à celle de l’éléphant , bien que son volume soit de beaucoup moindre. Son com*age et son agilité supérieurs en font un animal des plus redoutables. Sa tête ressem-

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ble par sa forme à celle du porc ; ses yeux sont petits, son regard terne, et sa physionomie stupide et sauvage. Sa longueur, la queue non comprise, est de onze à douze pieds, ainsi que la circonférence du corps. On dit que quelques individus excèdent ces proportions. Il parvient quelquefois à sept pieds de haut. Il est extrêmement fort, et son épiderme est si dur et si épais, qu’il est impénétrable aux balles. Le cuir est découpé en curieuses écailles si bien jointes , si bien raccordées, qu’à une certaine distance il offre l’aspect d’une élégante cotte de mailles. La surface en est extraordinairement rude et si résistante au toucher ([ue même la plus forte pression ne peut y laisser de trace. Les seules parties vulnérables de l’animal sont le ventre, les yeux et le tour des oreilles.

Le rhinocéros a des habitudes très-solitaires. Il parcourt seul les jongles les plus impénétrables : sa rencontre est un objet de terreur pour tous les autres animaux. Cependant il ne les attaque presque jamais sans provocation.

La corne qu’il porte sur le nez est grosse et pointue. Elle se recourbe vers le front dans sa partie supérieure, et forme un angle aigu avec le cartilage du mufle, au-dessus duquel elle s’élève d’environ trente pouces. Cette corne est une arme terrible ; avec son secours employé à propos, on a vu des rhinocéros étendre à terre de monstrueux éléphants. Au reste, elle n’est point adhérente à la boîte osseuse de la tête; quand l’animal est tranquille , elle pend simplement entre les narines; mais à l’approche ou à l’attaque

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