‹ L'Inde pittoresque. Calcutta. TexteChapitre 34 sur 136 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

trouvait entre le haut de l’épaule et l’extrémité du cou, ils auraient paru rabougris et disproportionnés ; tandis que le peu de largeur des reins , comparé aux larges dimensions des parties antérieures, faisait que leurs jambes de derrière semblaient trop longues. Le cou était fort gros , et indiquait une force étonnante , dont ils firent, d’ailleurs, suffisamment preuve dans le combat ; la tête au contraire était petite et délicate. Leur poil était d’un brun obscur.

Lorsqu’on les amena dans l’arène à l’aide de grosses cordes liées à leurs cornes avec des nœuds , ils commencèrent à frapper la terre de leur pied, firent les plus violentes contorsions, et manifestèrent tous les symptômes de la plus indomptable férocité. Les hommes qui les conduisaient montraient une grande dextérité à manier ces fougueux animaux , évitant adroitement leurs écarts, et les réduisant peu à peu à un degré de docilité tout-à-fait surprenant , eu égard à la fureur dont ils étaient évidemment possédés.

Les taureaux semblaient comprendre parfaitement pourquoi on les avait amenés dans l’arène, et témoignaient par les signes les moins équivoques la vive impatience qu’ils ressentaient d’éprouver leur valeur, tandis que les spectateurs , de leur côté , ne se montraient pas moins empressés d’assister à une scène aussi nouvelle quelle promettait d’être terrible. A un signal donné, on laissa couler les nœuds des cornes des combattants, qui se trouvèrent en liberté. Aussitôt ils s’élancèrent en avant, comme pour s’assurer s’ils étaient réellement délivrés de leurs entraves : puis.

TABLEAUX DE L’INDE

courbant leur dos en arc , ils se mirent à labourer la terre de leurs cornes, avec des bonds et des mugissements, semblant ainsi se préparer à faire usage de toute leur force, tandis que leurs larges prunelles roulaient dans leurs orbites avec une expression sauvage, et lançaient de sinistres éclairs. Us commencèrent par courir follement autour de l’arène, laissant passer plus d’une minute avant d’en venir à l’attaque, rétrécissant toujours le cercle qu’ils décrivaient, comme s’ils eussent recueilli toutes leurs facultés pour cet instant, et chacun épiant l’occasion de prendre l’avantage sur son adversaire. A la fin, se rencontrant en face l’un de l’autre, ils se ruèrent en avant avec une étonnante rapidité. Le choc fut vraiment épouvantable: tous les deux chancelèrent un instant; mais la violence de la secousse ne les fit pas reculer, et leurs cornes s’étant enchevêtrées l’une dans l’autre, alors commença le combat, dont la victoire devait être le prix. Quelque rude qu’eût été le premier choc , il ne semblait avoir diminué en rien l’énergie de ces intrépides animaux; au contraire, sans se blesser, et toujours retenus par les cornes, ils déployèrent une force et une dextérité étonnantes, chacun d’eux empêchant son antagoniste de le frapper; de sorte que le combat fut réellement beaucoup moins terrible qu’on aurait pu l’attendre, d’après la manière dont leur rencontre avait eu lieu. Us continuèrent pendant vingt minutes cette lutte acharnée, sans pouvoir dégager leurs cornes, et faisant réciproquement les plus grands efforts pour se renverser. Us reculaient et avançaient

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