‹ L'Inde pittoresque. Calcutta. TexteChapitre 35 sur 136 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

alternativement, selon qu’ils sentaient croître ou diminuer leurs forces; et la terre se broyait sous leurs pas, tandis qu’ils pressaient l’un contre l’autre leurs têtes puissantes avec une opiniâtreté soutenue de toute la vigueur que la rage ajoutait à leur force naturelle. A la fin, le plus faible commença à battre en retraite, et comme il reculait, l’autre sentant son avantage, le poussa avec une ardeur nouvelle. H comprit qu’il touchait à la victoire, et, avec un mugissement de triomphe anticipé, il fit tomber son adversaire sur le flanc. Dans cet instant , les gardiens s’avancèrent et forcèrent le vainqueur à dégager ses cornes, en le frappant sur le mufle avec un gros bambou; puis, ayant saisi les deux combattants avec des cordes, ils les conduisirent hors de l’arène, aux acclamations des spectateurs enchantés.

Pendant notre séjour à Nujibabad, le thermomètre s’éleva plusieurs fois sous nos tentes jusqu’à cent cinq degrés ( Fahrenheit). En quittant cette ville, nous nous dirigeâmes sur Kerutpour, situé à une distance d’environ douze milles. Nous trouvâmes la contrée sur notre route généralement bien cultivée. L’aspect des montagnes dans l’éloignement était plein de majesté, surtout au soleil levant, lorsque leurs larges flancs, frappés par ses rayons horizontaux , les renvoyaient avec un éclat plus doux sur les plaines environnantes.

A Chaudpour, le premier endroit où nous nous arrêtâmes, nous fûmes accueillis avec beaucoup de bienveillance par le chef du district, pour lequel nous avions des lettres de recommandation. Il se montra en-

TABLEAUX DE LTNDE.

vers nous extrêmement hospitalier, et nous fît les plus vives instances pour nous obliger à prolonger notre séjour. Il était passionné pour la chasse, et avant notre départ, il nous offrit l’occasion d’assister a une nouvelle manière de combattre le tigre. On s’était assuré que l’un de ces animaux destructeurs était logé dans un jongle, à quelque distance , et qu’il avait choisi son gîte dans une forêt épaisse , sur l’extrême lisière du bois. Il en avait été débusqué le jour précédent, et l’on avait profité de son absence pour creuser, à une douzaine de verges de son repaire, une grande fosse d’environ six pieds carrés et de douze pieds de profondeur. Cette fosse allait en s’élargissant jusqu’au fond, de manière à diminuer les chances de salut pour l’animal; et il en avait, à vrai dire, fort peu, au cas où il vînt à tomber dans le piège.

De bonne heure, dans la soirée, avant que le tigre fût de retour, on plaça une chèvre sur une petite plate-forme, légèrement fixée au milieu du trou, de niveau avec le terrain environnant, et supportée par de faibles tiges de bambou ; de sorte que le moindre poids additionnel devait la faire crouler au fond de la fosse. Le reste de l’ouverture était recouvert avec de l’herbe, et la vue en était entièrement cachée. La nuit se trouva plus noire que de coutume; et le lendemain, nous nous rendîmes de bon matin à l’endroit où l’on avait fait les préparatifs sur lesquels nous comptions pour capturer le sanguinaire hôte de la forêt. Lorsque arrivés à quelque distance, nous aperçûmes que la proie était encore intacte, nous

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