‹ L'Inde pittoresque. Calcutta. TexteChapitre 37 sur 136 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

maisons sont entièrement désertes. Les bazars étant à peine fréquentés, il n’y a que peu ou point de ces échanges animés, qu’on observe si généralement dans le bazar d’une ville indienne. Nous traversâmes le Gange au ghaut de Depour ; nous poursuivîmes notre route vers Anopshur, station militaire, au-dessus de Futtygbur, et, après un voyage de quatre jours, nous passâmes la Jumna au ghaut de Kyratta, et nous entrâmes dans la capitale, toujours somptueuse, de l’empire Mogol. Mais Delhi n’est plus ce qu’il était sous la domination des Timour. Sa splendeur a disparu, quoique ce qui en reste en fasse encore un séjour plein de magnificence.

La ville moderne de Delhi , siège actuel de l’empire mahométan de l’indostan (empire, hélas! bien déchu), fut bâtie par Chah Jehan, dans le dix-septième siècle, et fut appelée de son nom Chahychanabad. Elle a environ sept milles de circonférence, et s’élève sur la rive occidentale de la Jumna. Elle est protégée par une muraille longue et élevée , mais qui n’opposerait qu’une faible résistance aux attaques de l’artillerie moderne. Il n’y a rien de bien remarquable dans la ville, qui le cède en magnificence à beaucoup d’autres villes del’Indostan de moindre importance. Elle a sept portes, auprès de Tune desquelles on voit un collège, édifice qui n’est pas dépourvu de beauté, mais aujourd’hui sans destination et menaçant ruine. Les palais de Saadet Kan et du sultan Darahcshekoh sont d’élégantes constructions , placées au milieu de vastes enceintes et entourées de hautes murailles, qui renferment

des bains, des ménageries, des étables et plusieurs autres dépendances. Dans ce quartier de la ville , on trouve quelques belles mosquées , et entre autres la célèbre musjid, où , en i ySg , le conquérant persan , le sanguinaire Nadir Shah , vint s’asseoir pour assister au massacre des malheureux habitants de Delhi.

Les jardins de Shalimar, plantés à l’époque où la ville moderne fut bâtie, ont, dit-on, coûté au-delà de cent lacs de roupies, ou plus d’un million sterling (aS millions de francs). Dans l’origine, ils étaient entourés d’une haute muraille en briques, et occupaient un espace de plus d’un mille de circonférence. Ils sont maintenant dans un état si complet de dégradation, qu’à peine reste-t-il un seul vestige de leur première magnificence. Du mur de ces jardins, au midi, et aussi loin que la vue peut s’étendre, la campagne offre l’aspect d’une vaste plaine couverte de superbes ruines, restes de l’antique Indraprastha^. Les mosquées, les tombeaux, les palais, les observatoires , les pavillons , les collèges , les bains , les sérails, gisent confusément, entassés sur la terre, montrant, par la majesté de leurs débris, quelle a dû être la splendeur de cette cité qu’ils contribuèrent à orner aux temps de sa puissance et de son orgueil. La Haute-Egypte même , si riche en témoignages de grandeur passée , n’offre rien de supérieur aux ruines monumentales ‘éparses sur les plaines où, dans l’origine, dominait le vieux Delhi. Mais, quoique cette capitale,

‘ Indraprastha est le nom sanskrit du vieux Delhi.

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