‹ L'Inde pittoresque. Calcutta. TexteChapitre 5 sur 136 · CHAPITRE l · texte numérisé non relu

CHAPITRE l

d’un ennemi , il s’opère une telle tension des muscles et de la peau à laquelle elle est fixée, qu’aussitôt cette arme devient inébranlable et acquiert une force de résistance assez grande pour pénétrer le tronc d’un arbre à plusieurs pouces de profondeur.

La lèvre supérieure du rhinocéros est fortement proéminente et singulièrement souple. Elle fait les fonctions d’une trompe courte , et lui sert à saisir les racines des arbres et autres substances esculentes. Elle est susceptible d’extension et de contraction suivant les besoins de l’animal. Avec cette lèvre et le secours de sa langue, dit Bruce, il abaisse les branches supérieures et touffues pour les dévorer. Quand il a dépouillé un arbre de son branchage, il ne l’abandonne pas pour cela ; il enfonce aussi profondément qu’il lui est possible sa corne dans la partie inférieure du tronc; puis il le fend en remontant, de manière à le réduire en baguettes étroites, qu’il entasse ensuite dans ses vastes mâchoires, et qu’il broie aussi aisément qu’un bœuf le ferait d’un pied de céleri.

La femelle ne produit qu’un petit à la fois; ce dernier met quinze ans environ à atteindre sa croissance. Le rhinocéros est d’un naturel farouche, et semble n’avoir été créé que pour satisfaire^ un monstrueux appétit. Quand il est irrité , il se livre à des accès de furie qui rendent son approche très-dangereuse. Moins doux que l’éléphant, il est aussi beaucoup plus à craindre dans sa colère , à cause de son agilité supérieure , et de son indomptable férocité. Sa voracité est extraordinaire; il consomme, quoique plus petit,

TABLEAUX DE L’INDE

la nourriture d’un éléphant. Un jeune individu de cette espèce , envoyé du Bengale à Londres en *7^9?^ l’âge de deux ans, coûta looo livres sterling ( 2 5,000 fr.) pour sa nourriture pendant la traversée, y compris son fret.

Avant de pénétrer par le passage qui sépare les montagnes de la plaine, nous fûmes obligés d’obtenir du rajah de Serinagour la permission de visiter sa capitale. Elle nous fut accordée sans difficulté , mais non sans entraîner une perte de temps, à cause des formalités plus nombreuses qu’agréables qui font loi dans les cours des plus petits rajahs. Toutefois nous trouvâmes moyen de passer notre quarantaine assez agréablement en parcourant les vallées que traversait la route qui devait nous conduire au ghaut de Coaduwar. Le rajah nous envoya une escorte avec deux hirkarrahs (messagers), pour nous aider à franchir ce passage , oh les montagnes se rapprochant autour de nous , étalaient à nos yeux les formes grandioses et majestueuses qui distinguent particulièrement ce lieu célèbre.

Dans le passage même, au sommet d’une colline terminée en plateau , et sur laquelle on monte par des degrés taillés dans le roc, est bâti un petit village fort propre, entouré d’une palissade solide et fermé par une porte. L’ouverture de cette porte est étroite et pratiquée dans le massif d’un mur épais. La vallée qui entoure la colline est défendue, du côté de la plaine, par un courant rapide, qui, faisant un demicercle, et l’entourant à moitié, va se précipiter dans

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