CHAPITRE Vf
« tent 1 esprit qui est dans le corps et moi qui suis « en eux V »
Durant notre séjour à Delhi, je ne pus m’empêcher de faire un triste rapprochement entre la misérahle condition de l’empereur régnant, et celle de ses prédécesseurs, qui établirent la puissance mogole sur les ruines de la dynastie des Afghans ou Patans , et plantèrent l’étendard du croissant dans presque toutes les provinces de l’Inde. Le défunt empereur, Schah Allum II, avait offert un exemple frappant de la décadence de la souveraineté mahométane. En 1788, Gholaum Kaudir, chef rohilla, en qui ce prince trop imprévoyant avait mis une aveugle confiance, vint attaquer subitement Delhi, s’en empara, se saisit de la personne du faible mais vertueux Schah Allum , et après lui avoir fait endurer, pendant plusieurs semaines , les plus humiliantes avanies, en l’accablant d’injures et de mauvais traitements, pour lui arracher le secret de ses trésors supposés, il finit par lui crever les yeux de son poignard. Non content de cela, il massacra et tortura plusieurs membres de la famille impériale, et ne quitta la ville, dont il avait fait une scène de carnage et de deuil , qu’à l’approche de Mahadajie Scindia, qui vint avec son armée le chasser du théâtre de ses cruautés. Mais un châtiment aussi prompt que terrible l’attendait. Poursuivi et fait prisonnier par un détachement de l’armée mahratte, il fut amené en
I Paroles de Krishna, la principale ara/ar on incarnation de Vishnou.
TABLEAUX DE L’INDE
présence du chef cpii la commandait. Sclndla, sans daigner prononcer un mot, jeta un regard sévère sur ce brigand endurci, qui semblait préparé à son sort; puis il ordonna aux hommes de sa suite de lui demander en quel endroit il avait déposé son butin , et sur son refus de répondre , voici le supplice qu’on lui fît souffrir. Il b*t enfermé dans une cage de fei* et suspendu à une poutre, en tête de l’armée. Après l’avoir ainsi exposé quelque temps à la risée d’une soldatesque non moins cruelle que lui, on lui coupa le nez, les oreilles, les mains, les pieds, on lui arracha les yeux. Ainsi mutilé, on le plaça sur le dos d’un chameau maigre, et on le conduisit en présence de l’infortuné Schah Allum, si impitoyablement privé par lui de la vue. Ce misérable souffrit, sans sourciller, cet effroyable traitement, et déploya un héroïsme digne d’une meilleure cause. Toutefois , il mourut avant d’arriver à Delhi, dévoré par une soif ardente, qu’allumait en lui l’atrocité de ses souffrances. Son juge inexorable avait eu soin de défendre qu’on lui donnât rien à boire ni à manger. On peut se figurer quelle dut être son agonie.
Depuis cette époque jusqu’en 1802, c’est-à-dire jusqu’à ce que lord Lake eût défait le successeur du grand Scindia, à six milles de Delhi, et fait remonter le vieil empereur, de la condition de prisonnier d’état, à celle de souverain libre , ce monarque vécut dans un état d’extrême abjection. La pension annuelle allouée aux princes survivants de la famille impériale n’excédait pas 200 roupies (û.^ofr.). I.a dépense to-