‹ L'Inde pittoresque. Calcutta. TexteChapitre 42 sur 136 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

taie de rempereiir, tant pour l’entretieii de sa personne que pour celui de sa famille et des gens de son service, fort nombreux, s’élevait à peine à deux lacs de roupies (600,000 fr. ). Le serai, qui forme la partie la plus dispendieuse de l’établissement d’un prince mahométan , était réduit au plus triste dénûment. Enfin, le vieil empereur se trouvait, à la fin de sa carrière, hors d’état d’assurer l’aisance des êtres qu’il chérissait le plus, et qui, pour la plupart, étaient incapables de pourvoir eux-mêmes à leur existence.

Le sérai d’un monarque oriental est le sanctuaire de la vie à la fois politique et sociale. C’est là que s ourdissent dans l’ombre les cabales, les conspirations si communes dans les cours musulmanes. Il n’est donc pas inutile de décrire brièvement l’organisation de cet intérieur royal.

C’est dans le serai que sont élevés les princes mogols et les jeunes nobles d’élite destinés à remplir plus tard les hautes fonctions responsables de l’empire. Ce lieu privilégié est ordinairement séparé du palais, mais cependant assez contigu pour que le passage de l’un à l’autre soit toujours facile. Personne n’est admis dans l’intérieur des appartements qui le composent, hormis l’empereur et les personnes attachées aux différentes parties du service, qui se fait par des femmes. Il est enfermé dans de hautes murailles, et entouré de jardins spacieux, tracés et décorés avec tout le luxe, toute la magnificence de l’Orient. On y rassemble toutes les jouissances que le goût peut désirer, et l’or payer à grands frais. I.es épouses du Grand-Mogol qui peu-

TABLEAUX DE L’INDE

plent cette somptueuse retraite, sont toutes choisies parmi les plus jolies filles de l’empire. On leur enseigne à broder, à chanter, à danser. De vieilles femmes sont chargées de les instruire dans ces mille petits moyens à l’aide desquels elles savent captiver les sens et allumer les passions. Ces charmantes prisonnières n’ont pas la liberté de sortir, si ce n’est pour suivre l’empereur en voyage. Dans ce cas, elles sont voiturées dans des litières fermées de rideaux, ou dans des bateaux pourvus de cabines, où le jour et l’air ne pénètrent qu’au travers de jalousies fermées.

Les appartements du séraï sont fort riches , bien entendu autant que le permet la fortune du prince. La sultane favorite a tous les insignes et les privilèges d’une reine, mais d’une reine captive. Tant que dure sa beauté, son royal époux la traite avec une sorte d’idolâtrie; mais dès que cette beauté se fane, dès que les grâces de sa personne, la fraîcheur de son teint, de sa voix, cessent de charmer, adieu l’amour, adieu son empire; il ne reste de sa puissance passée qu’un amer souvenir.

Cependant, aussi long-temps que la favorite règne sur le cœur de son souverain maître, elle commande, elle est obéie elle-même en souveraine dans tout le harem. Elle fume son lioûka au tube doré, à l’embouchure garnie de pierres précieuses : elle hume la fraîcheur de la brise matinale sous le verandah % d’où la vue embrasse tous les jardins du palais. Elle est

' Galerie extérieure.

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