‹ L'Inde pittoresque. Calcutta. TexteChapitre 43 sur 136 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

entourée par ses femmes, qui ne lui cèdent en rien, si ce n’est en richesse d’ajustement. Là , mollement étendue sur un magnifique tapis de Perse, elle passe de longues heures oublieuses dans une atmosphère des parfums les plus purs qu’ait produits l’Arabie-Heureuse. Tout ce qui l’entoure est calculé pour délecter ses sens.

Mais tant de jouissances ne suffisent pas toujours pour la rendre heureuse ; et bien souvent le sentiment de son esclavage et de sa dégradation livre son cœur à l’isolement, et y tarit la source des plus ravissantes voluptés. Alors elle se sent misérable et sans appui réel au milieu de tant de soins , de tant de profusion.

Une description du harem du grand empereur Akbar a été laissée par son illustre ministre Aboul Fazil Mobarek; elle trouve ici naturellement sa place.

« Le harem, dit-il , est un vaste enclos , oh chacune des femmes de l’empereur a son appartement séparé, et elles sont au nombre de plus de cinq mille. Elles sont divisées par compagnies , dont chacune a ses fonctions spéciales et obéit à l’une des femmes qui prend le titre de Darogha. Une autre est choisie pour exercer le commandement supérieur, afin que le gouvernement du harem soit centralisé et marche avec la même régularité que toutes les autres branches de l’administration de l’empire. Chacun de ces commandants féminins reçoit une paie proportionnée à sa capacité. La plume ne suffirait pas à dénombrer les

TABLEAUX DE L’INDE

inépuisables largesses de l’empereur ; mais voici le tableau de la paie mensuelle de ce cadre d’officiers. Les femmes du plus haut grade reçoivent de i6io à 1 02 8 roupies (483o à 3o84 fr.). Les principales femmes du service ont de 5i à 20 roupies (1 53 à 60 fr. ); d’autres, enfin, ne sont payées qu’à raison de 2 à 4o roupies (6 à i2ofr.).

« Un mouchreff stationne à la grande porte pour tenir compte des recettes et dépenses du harem en argent et denrées.

« Quand l’une de ces nombreuses femmes a besoin de quelque chose , elle s’adresse au trésorier du harem, qui fait un bon à valoir sur la paie mensuelle, et l’envoie au mouchreff de la grande porte, lequel le transmet à son tour au trésorier du palais impérial , qui acquitte la somme.

« L’intérieur du harem est gardé par des femmes. On place à la porte de l’appartement impérial celles qui méritent le plus de confiance. En dehors de la porte, veillent les eunuques, et à quelque distance stationnent les rajpoûts. Après ceux-ci viennent les portiers, et, tout autour de l’enceinte extérieure, les omrahs, les ahdians, et autres troupes qui montent la garde.

« Quand les begums, femmes des omrahs, ou d’autres femmes respectables , désirent présenter leurs hommages, elles font part d’abord de leur intention aux gardes extérieurs , qui la transmettent par écrit aux officiers du palais , après quoi elles sont admises

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