‹ L'Inde pittoresque. Calcutta. TexteChapitre 45 sur 136 · CHAPITRE VH · texte numérisé non relu

CHAPITRE VH

sa cour, le pauvre Tartare fut assez heureux pour attirer l’attention de l’empereur, et , par un enchaînement de circonstances favorables, il ne tarda pas à devenir grand-trésorier de l’empire. Sa fille, en grandissant, éclipsa bientôt les plus belles femmes de l’Orient, et reçut le surnom de Mher-ul-Nissa, c’està-dire Soleil de la beauté. Rien ne fut négligé pour lui procurer tous les agréments acquis, propres à relever le charme de ceux quelle tenait de la nature. Aussi, peu de jeunes femmes l’égalaient, nulle ne la surpassait en vivacité d’esprit, en grâces piquantes, en élégantes manières , toutes choses qui forment l’apanage spécial du beau sexe dans tous les pays. Mais à toutes ces qualités, elle joignait une force de caractère virile , et qui la mettait tout-à-fait hors ligne.

Le fils de l’empereur, le prince Sélim, si bien connu depuis sous le nom de Jehangire, l’ayant aperçue, en devint épris, et l’ambitieuse beauté ne négligea lâen pour attiser cette subite passion. Dans son transport, le prince Sélim alla trouver Akbar, et le supplia de consentir à leur union ; mais l’empereur fut inexorable. Peu de temps après, la charmante fille de Chaja-Aiass devint l’épouse de Chere-Afkun , noble Turcoman de grande distinction , auquel elle était fiancée depuis long-temps.

Dès lors ce rival heureux eut dans Sélim un ennemi implacable. Le prince fît en secret semer contre lui des bruits calomnieux, qui l’obligèrent à quitter la cour, et à se retirer dans le Bengale, où le gouverneur

TABLEAUX DE LTNDE.

lui confia la vice-gérence de Burdwan, district considérable de cette province.

Monté sur le trône, Sélim sentit sa passion pour la fille d’Aiass se raviver. La contrainte qui en avait amorti les premières étincelles venant à cesser, elle éclata avec une violence nouvelle. Maître absolu de sa volonté, le jeune empereur jura de posséder l’objet de son amour contrarié. Pour y parvenir, il commença par faire à Gbere-Afkun des avances de réconciliation. Mais le brave Turcoman résista long-temps à des importunités dont le but était visible, bien déterminé à ne compromettre, par une séparation , ni sa femme ni son honneur. C’était un homme d’une grande force physique qu’égalait sa bravoure. De plus, son intégrité était inattaquable, sa réputation haut placée ; il était pour toutes les classes un objet de crainte et de respect. Toujours le premier au milieu des dangers, sa valeur avait inspiré plus d’un roman, plus d’une chanson guerrière. Telle était sa vigueur corporelle, qu’il avait tué d’une seule main un lion: ce fut meme cet exploit qui lui fit donner le surnom de Chere-Afkun (^tueur de lion); car son nom véritable était Asta-Jillo. Aussi avait-il été en possession de l’estime d’Akbar, qui faisait le plus grand cas de son courage et de ses vertus.

Cependant, après que Jehangire eut succédé à ce monarque, Chere-Afkun , cédant aux sollicitations répétées du jeune empereui’, se rendit à la cour, se confiant à sa haute réputation comme à un bouclier contre toute tentative tyrannique du pouvoir suprême

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