CHAPITRE I
les vallées inférieures , avec ce bruit et cette impétuosité ordinaires aux torrents des montagnes.
La porte du village était gardée par un petit détachement de troupes du rajah. Dès que nous en eûmes franchi 1 entrée, nous nous trouvâmes sur le territoire de Serinagour. Ce village est entièrement inhabité dans la saison des pluies, car alors \q ghaut est tout-a-fait inabordable , et devient le repaire des tigres, des léopards , des ours , des hyènes , et d’autres bêtes féroces, qui toutes se retirent dans les jongles dès que le ciel plus serein et la température plus favorable rappellent l’homme dans ses habitations. Là , le vakil (envoyé) du rajah nous procura le nombre nécessaire de diggeris et de sillenis , c’est-à-dire de porteurs, les uns pour nos palanquins, les autres pour notre bagage. Cet homme fut plein d’attentions pour nous , et fit tout ce qu’il put pour nous éviter une partie des obstacles inséparables d’un voyage de montagnes. L’un de ces obstacles, dans la contrée que nous parcourions, c’est la répugnance que témoignent les habitants à se prêter aux commodités des étrangers. Aussi n’estil pas facile d’obtenir d’eux des hommes pour le transport des effets. En général , ce peuple forme une race sans énergie , malgré les privations auxquelles il est souvent exposé, et les rudes travaux qu’elles leur imposent de temps en temps.
Le palanquin dont on fait usage dans ces contrées est d’une construction particulière et parfaitement adaptée à la nature inégale du sol. Souvent sur les pentes escarpées qu’il faut gravir à chaque instant, le
TABLEAUX DE L’INDE
sentier tourne si brusquement autour de rochers coupés à angles aigus, qu’il serait impossible de doubler ces espèces de caps avec le palanquin ordinaire. C’est pourquoi les brancards de ceux en question sont partagés dans le milieu, et reposent sur un pivot mobile, de manière que la partie antérieure ou postérieure puisse se replier à volonté quand le porteur de devant tourne autour d’une butte anguleuse, et reprendre sa première position dès que l’obstacle est franchi. On ne peut voir sans surprise l’agilité avec laquelle les sillenis escaladent les pentes les plus rapides, où souvent on trouve à peine le passage d’une chèvre, et cela chargés comme ils sont, de leurs fardeaux, dont le poids incommoderait tout homme d’une force ordinaire, même sur un chemin uni. Ils portent avec eux des bambous, au bout desquels est fixée une traverse en forme de T; ces sortes de potences leur servent à accrocher leur charge quand ils veulent se reposer. Ces hommes sont, en général, petits, mais membrus, et leurs muscles sont fortement développés par l’exercice fatigant et continu qu’exige leur métier.
Leurs jambes sont souvent couvertes de varices veineuses , qui parviennent à la grosseur du petit doigt, et font l’effet de cordes roulées autour de cette partie du corps. On éprouve un sentiment pénible à l’aspect de cette infirmité, et l’on craint toujours de voir ces grosseurs se rompre subitement par quelque effort musculaire, accident qui ne manquerait pas d’être mortel pour l’individu.
Nous trouvâmes en cet endroit la l’oiite difficile et