CHAPITRE VIII
les cas sa solidité et ses moyens de défense feraient soupçonner que dès ce temps-là on possédait des moyens d’attaque formidables.
La tombe du fondateur se voit à coté du fort. Elle est construite des mêmes matériaux, dans un style d’architecture massif et solide, mais simple et sans prétention ; sans pourtant exclure un certain air de grandeur dans son ensemble. La solitude agreste du lieu ajoute beaucoup à l’effet général qui en résulte,
A quelques pas de cette tombe, nous entrâmes dans un temple qui renfermait un certain nombre de petites figures en cuivre semblables à celles qui se vendent pour quelques roupies dans les bazars. Nous étions accompagnés par un des brabmines desservants du lieu: cet homme se montra on ne peut plus prévenant et beaucoup plus communicatif que ne le sont les gens de sa caste. Le temple est un édifice grossier, et le clergé qui le dessert a tous les dehors d’une extrême misère; ce qui n’est pas étonnant, car il ne vit que des charités des dévots que le hasard amène dans cet humble sanctuaire. Ces pauvres gens nous reçurent très-poliment, et nous firent voir toutes les parties de l’édifice sans la moindre hésitation, bien éloignés, en cela, de cette répugnance que témoignent généralement les ministres des temples mieux dotés, quand il s’agit de satisfaire la curiosité des étrangers en ce qui concerne leur culte.
Notre visite à ce temple donna lieu à un petit incident qui mit en relief d’une manière assez divertissante l’égoïsme casuiste de ces saints mendiants. Par
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hasard il me prit envie d’une petite divinité en cuivre placée sur une espèce d’autel dans la partie la plus sacrée de l’édifice. C’était une figure assez mal coulée, mais telle que je n’en avais pas encore vu de semldable , ce qui me rendait fort désireux de la posséder. Sachant que les bralimines avaient déjà plus d’une fois vendu leurs dieux à beaux deniers, sur leurs autels mêmes, je proposai d’acheter celui-ci, et j’offris en retour une somme, selon moi, assez considérable. Le prêtre patelin baissa la tête, mit la main sur sa poitrine avec un air d’humilité des plus amusants, et après m’avoir dit qu’il ne pouvait vendre la figure sans profaner le temple dont il était un indigne ministre, et qu’il n’avait pas non plus le moyen de remplacer un tel trésor, il ajouta : «Mais si, par exem- « pie, sahib monsieur) s’en emparait, que pourrait « faire un pauvre brabmine? » Je profitai de l’insinuation et j’enlevai l’image sans la moindre opposition de la part du doucereux personnage. Bien loin de m’arrêter, il me tendit la main ouverte: j’y glissai une pagode, que j’avais eu la précaution de tenir toute prête entre l’index et le pouce. Il referma sa main avec un sourire de politesse, et salua jusqu’à terre, tandis que son épiderme frémissait de volupté au délicieux contact du métal.
Il y a un singulier contraste entre la fidélité de ces saints ministres à leurs pratiques religieuses, et la facilité avec laquelle quelques-uns s’y permettent de flagrantes infractions. La sincérité est une obligation dont ils se croient absous par leurs communications