CHAPITRE VIH
avec le ciel. Toutefois, il est vrai de dire que ces capitulations de conscience sont bien loin d’être approuvées par les hommes sages et intelligents de leur caste. Les brahmines qui ont de l’instruction (et le nombre en est grand) ont aussi un sentiment très-vif de l’influence de la morale. Ceux-la enseignent les doctrines d’une philosophie pratique très-avancée; ils prêchent la pureté, l’intégrité intérieure de l’ame aussi bien que les convenances extérieures de la conduite, et beaucoup d’entre eux joignent l’exemple au précepte, et se distinguent par les qualités les plus rares du cœur et de l’esprit. Aussi trouve-t-on dans leurs écrits religieux et philosophiques beaucoup d’axiomes de la plus haute moralité. En voici un que j’extrais au hasard des Institutes de Menou.
V Homme, ne te plains jamais, même dans la peine. “ — Ne fais point de mal à autrui en action ni en « pensée. — Ne dis jamais un mot qui puisse peiner « ton semblable, de peur de nuire toi-même à ta fé- « licité future. «
Sir \^illiam Jones cite également une fort belle maxime écrite plus de trois cents ans avant l’ère chrétienne et qui ferait honneur à toute autre morale religieuse. Voici ce qu’elle dit :
« Le devoir de l’homme de bien , même au mo- « ment de la dissolution de son être, est non-seule- « ment de pardonner à celui qui cause sa mort, mais « encore de désirei* son bien-être ; de même que le « bois de sandal, en tombant sous la hache, répand « son parfum sur l’instrument de sa destruction. »
TABLEAUX DE L’INDE
Voilà certes des inspirations qui n’appartiennent pas à des âmes vulgaires. Aussi quiconque prétend étudier le caractère indou, d’après ses communications avec quelques individus, dans une rapide excursion au travers du pays, peut être certain qu’il le voit sous un faux jour et qu’il le jugera mal. Si ce caractère offre un côté méprisable, il en est un autre qu’on doit admirer. On ne peut nier, sans doute, que beaucoup de docteurs de la loi sont ignorants, et se font les fauteurs des plus barbares superstitions , aux dépens de la crédulité populaire ; mais il n’est pas moins vrai que, dans tous les siècles écoulés, il s’est élevé parmi eux des hommes instruits et capables d’honorer tous les pays et toutes les époques.
Nous profitâmes de notre séjour à Delhi, et du loisir dont nous y jouissions, pour voir tout ce que cette ville offre de curieux à l’attention du voyageur. C’est ce qui fait que je crois devoir entrer dans quelques détails nouveaux, sur un ou deux des principaux monuments de cette cité magnifique.
Les arcs qui servent d’entrées au fort sont construits dans un style assez hardi , mais d’un effet lourd , à cause de l’emploi de la pierre rouge foncée. Deux ou trois de ces arcs portent encore les traces de la terrible canonnade qu’ils essuyèrent lors de l’attaque de Gholaum-Kandir, peu de temps avant la prise et le châtiment de cet usurpateur par le victorieux Scindia. Dans la première cour, on voit un canon de si grand calibre qu’un homme fort gros pourrait s’y introduire à l’aise. Je pense qu’il n’est plus tiré depuis long-