‹ L'Inde pittoresque. Calcutta. TexteChapitre 58 sur 136 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

dëfenclre. H ne mord presque jamais, à moins qu’on ne l’irrite ou qu’on ne lui fasse mal ; et même alors , avant de s’y décider, il avertit son ennemi du danger par des signes non équivoques. Il dresse la crête qu’il a sur le cou, et qui n’est autre chose qu’une membrane large et flexible avec deux taches noires et rondes sur la surface supérieure, formant comme une paire de lunettes. En même temps il balance sa tête de droite et de gauche , fait briller ses yeux comme des étincelles, et commence un sifflement si aigu, qu’on l’entend à une distance considérable. A la vue de ces symptômes , le jongleur est suffisamment averti de ne pas s’approcher de son captif. Le serpent ne mord jamais tant que sa crête est abaissée, on peut alors l’approcher et le manier sans danger; et même, quand sa crête se dresse , s’il ne siffle pas , l’on n’a rien à craindre. Même au fort de sa colère mortelle, on est surpris de voir avec quelle facilité il s’apaise, surtout au bruit monotone de la musique, à l’aide de laquelle ses maîtres savent le charmer. 11 semble fasciné par les sons discordants que ceux-ci tirent de leurs chalumeaux et de leurs tamtams.

Quant à la manière dont les jongleurs s’y prennent pour s’emparer de ces animaux, elle consiste simplement à les attac|uer dans les jongles, et à les saisir par le cou. Bien que surpris de cette manière, le cobra ne donne aucun signe de colère, et l’on n’entend jas mais dire que les ravisseurs aient été mordus.

Nous nous décidâmes à prolonger notre halte au Chauter-Sérai , à cause de fan ivée, dans ce voisinage,

TABLEAUX DE L’INDE

d’une troupe de chasseurs, à laquelle nous voulûmes nousjoindre par curiosité. Nous partîmes dès la pointe du jour, et nous dirigeâmes vers le jongle, où une fois arrives, nous détachâmes une cinquantaine d'hommes pour battre le bois, et faire lever le gibier en poussant de grands cris. A peine étaient-ils partis depuis un quart d’heure, qu’un énorme tigre s’élança de son gîte, et bondit dans la plaine. L’un des batteurs étant sorti tout d’abord du jongle, près de l’endroit d’où s’échappait la bête , et la voyant si près de lui et visiblement en fureur, se mit à fuir de toutes ses forces. Le tigre le poursuivit aussitôt, le joignit en quelques sauts, et lui donnant, en passant, un léger coup de patte sur le dos, à ce qu’il nous parut, continua sa course. L’homme se laissa choir, se roula par terre, et s’écria qu’il était mort. Nous fûmes tous d’avis qu’il ne pouvait avoir reçu grand mal; nous prîmes donc ses cris pour des cris de frayeur, et, persuadés qu’au bout d’une heure ou deux il serait sur pied , nous le confiâmes aux soins de quelques personnes de la suite , avec l’ordre de le conduire aussitôt à l’endroit des tentes.

Cependant le tigre était vigoureusement poursuivi. On ne tarda pas à le cerner, et l’animal épuisé, haletant, s’arrêta sur le bord de l’eau, prêt à soutenir le choc du premier assaillant. Telle était la terreur que lui inspiraient les cris des nombreux suivants de la troupe, qu il ne songea plus à s’échapper, bien qu’il n eût couru encore que l’espace d’un quart de mille. Nous étions en ce moment dans une clairière du

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