‹ L'Inde pittoresque. Calcutta. TexteChapitre 60 sur 136 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

dividus de cette espèce. Ceux même de sa caste restèrent insensibles à ses plaintes, car une misère commune engendre régoïsme.

Par hasard, un jeune chirurgien de régiment se trouvait être de la partie; mais, soit inexpérience, soit insouciance, il nous avait assuré que cet homme n’avait rien , et que la peur seule faisait tout son mal. Pourtant, à notre grande surprise, celui-ci mourut dans la nuit. En examinant attentivement son dos, on vit de suite que le tigre y avait fait une blessure assez légère en apparence; le jeune chirurgien, convaincu de son erreur, ouvrit le corps et trouva que la griffe avait pénétré au travers de l’épine dorsale, et piqué les intestins. On comprit alors la cause des douleurs dont le malheureux paria s’était plaint. Cet accident ne contribua pas à augmenter mon goût pour la chasse au tigre.

Malgré l’ardeur avec laquelle les habitants de l’Inde se livrent à cette chasse, elle n’en est pas moins un dangereux passe-temps; et j’en donnerai la preuve en rapportant un accident malheureux qui eut lieu sous l’administration de lord Hastings.

Deux jeunes officiers faisaient une battue dans un jongle, montés sur un éléphant, lorsque tout à coup un grand tigre sauta sur les flancs de cet animal, grimpa jusqu’au siège qu’occupaient les deux officiers, en saisit un par la jambe et l’entraîna à terre. Heureusement le jeune homme eut la présence d’esprit d’empoigner fortement son ennemi par l’oreille, d’une main, tandis que de l’autre il tirait un pistolet de sa

TABLEAUX DE L’INDE

poche et le lui déchargeait dans le ventre. L’animal, furieux, continua néanmoins de le traîner, jusqu’il ce qu’épuisé par la perte de son sang, il fut forcé de lâcher prise. Quelques amis vinrent au secours du blessé, et le mirent en sûreté après avoir achevé le tigre. Mais il n’en fut pas moins cruellement mutilé , et l’on désespéra pendant quelque temps de ses jours. Il se rétablit à la longue; et le marquis de Hastings, pour récompenser sa bravoure, le fit porter sur le cadre de l’état-major.

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