CHAPITRE X
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mibbi-Khan, l’un des foudjars ^ de l’empereur Aurengzeb. L’origine en est racontée d’une manière singulière. Mathura était dès ce temps-là, comme il l’est encore aujourd’hui, un lieu de dévotion très-fréquenté par les adorateurs de Rrichna. Lors de l’invasion de Mahmoud de Ghizni, conquérant célèbre, en ioi8, Mathura fut pris et rasé par le vainqueur, en punition des honteuses pratiques d’idolâtrie qui s’y commettaient. Mahmoud était un furieux iconoclaste ; il trouva là de quoi exercer son zèle intolérant, et n’y mit de homes que par l’entière destruction de la ville. Elle fut plus tard reconstruite avec une nouvelle magnificence et ornée de plusieurs temples somptueux et d’autres travaux d’art qui en firent hientôt un lieu beaucoup plus célèbre que par le passé. Rrichna y fut adoré dans de riches sanctuaires, et le nombre de ses sectateurs alla toujours grossissant depuis la persécution barbare de Mahmoud.
On dit qu’Abdulnubbi-Rhan se laissa convertir au culte du dieu indien, et abjura la loi du prophète. Un jour, il fut surpris prosterné devant l’image de la divinité païenne; on en fit le rapport à Aurengzeb, musulman jusqu’au fanatisme, qui ne fut pas peu scandalisé de cet exemple d’apostasie dégradante. Le converti, bientôt convaincu de la folie de son nouveau culte, retourna à celui du prophète, afin de rentrer
' Le foudjar est un officier chargé de diriger une troupe d’éléphants et de les dresser au feu et au tumulte des combats. Il est responsable de leur bonne éducation.
TABLEAUX DE L’INDE
dans les bonnes graees de l’empereur, fit abattre le temple qu’il avait élevé à l’idole indienne, et fit bâtir une mosquée à la place.
Cependant quelques historiens, qui révoquent en doute cette histoire, prétendent que cette mosquée, dont on voit ici un dessin très -exact, fut fondée par l’empereur lui-même, et construite avec les matériaux élevés précédemment par le rajah d’Ourcha. Ce temple était, dit-on, une belle construction indienne qui datait de la renaissance de Matliura, et avait coûté au-delà de/joo mille livres sterling (dix millions de francs); somme énorme pour ce temps-là, surtout dans un pays où la main-d’œuvre est à si bon compte. La mosquée qui l’a remplacé est d’une belle construction. Le corps de l’édifice est quadrangulaire : il est flanqué de quatre superbes minarets de cent pieds de haut. Chacun d’eux a dix angles, très-peu d’ornements, et est surmonté d’une petite coupole élevée sur de minces colonnettes de pierre. De distance en distance, régnent autour de ces minarets de légers balcons communiquant ensemble par des escaliers intérieurs, et qui ajoutent beaucoup à la grâce de ces sveltes constructions. L’entrée du temple est fort élevée, et ses ornements d’architeeture du goût le plus élégant. Les pans de l’arc qui sert de portail sont revêtus de marbre blanc, formant un harmonieux contraste avec les matériaux plus sombres des portions contiguës. Cet arc se ferme en ogive, à la manière gothique; il s’élève à une grande hauteur audessus de l’entrée principale, et conduit immédiate-