CHAPITRE XI
le uawab descendait la Goûmty dans son yacht royal, appelé Moah-Punkif et dont nos lecteurs trouveront ici la gravure. C’était un riche coup d’œil. Ce hateau tire son nom de la figure sculptée à l’avant, et qui représente un paon aux ailes éployées, emblème de sa vitesse ‘ . Du reste , tous les bateaux de celte espèce sont remarquables par la rapidité de leur course. Leur forme est longue, svelte et fort élégante. Ce qui les distingue de tous les autres, c’est que la proue s’élève de beaucoup au-dessus du niveau de la poupe. Cette dernière se termine en une pointe basse et sans aucun ornement, tandis que la proue se projette en décrivant une légère courbe, s’élève au moins h dix pieds au-dessus des eaux , et se termine par le corps du paon , dont les ailes sont étendues. Tout auprès se trouve un pavillon assez grand pour contenir dix à douze personnes. Le bateau est ordinairement monté par vingt à quarante rameurs qui se servent de rames courtes et de forme elliptique , à l’aide desquelles ils glissent sur l’eau avec une incroyable vitesse, en accompagnant leur manœuvre d’un chant rhythmé, qui n’est pas sans harmonie. A côté du pavillon est une plate-forme élevée, sur laquelle un homme danse pour amuser la compagnie, en brandissant un chorj audessus de sa tête. Il remplit l’office d’un chef d’orchestre, car c’est sur ses mouvements que les rameurs règlent leur cadence.
La gravure en regard représente, sur le plan du
‘ Moah signifie |)aün , et punli ailes.
milieu, le palais de Lucknow, édifice d’une grande beaute. Cette cite célèbre est située sur la rive méridionale de la Goûmty, qui prend sa source dans les montagnes appelées Kumaoiin , d’où elle coule presque parallèlement à la Goggra, baigne les murs de Lucknow et de Juanpour, et va se jeter dans le Gange, à quelques milles au-dessous de Bénarès. Son nom de Goûmty lui vient de ce qu’elle décrit des sinuosités comme un serpent. La même analogie a fait donner un nom semblable à plusieurs petites rivières qui arrosent la plaine du Gange.
Ainsi que dans toutes les grandes villes de l’Indostan, la plupart des rues, à Lucknow, sont trèsmalpropres, et si étroites qu’un éléphant peut tout au plus y passer. Les divers palais du nawab et un grand nombre d’édifices publics sont de la plus grande beauté. L’Imaum-Barrah , achevé en 1784 par Asopliud-Dôlali, passe pour ne le céder en magnificence qu aux monuments élevés par les empereurs mahométans. Son architecture est chargée d’ornements, mais sans confusion. Ce bâtiment ne contient qu’une seule pièce, longue de 167 pieds et large en proportion. Sa construction n’offre rien de remarquable, si ce n’est qu’elle est entièrement de briques, sans un seul morceau de bois. Sous la présidence de M. Hastings, Lucknow était peut-être, après Bénarès, la ville la plus riche et la plus populeuse de l’Indostan.
Quelques jours après notre arrivée, nous reçûmes du nawab, en commun avec d’autres Anglais résidant à Lucknow, une invitation à une sorte de dé-