‹ L'Inde pittoresque. Calcutta. TexteChapitre 70 sur 136 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

jeûner public. Ce nawab était très-opulent et non moins hospitalier. Après le repas, on devait nous régaler de plusieurs combats nouveaux entre quelquesuns des plus robustes éléphants des écuries royales.

Nous nous rendîmes donc, vers dix heures, au palais, où nous trouvâmes préparé un banquet somptueux. Il était dressé avec tout le luxe oriental, dans une vaste salle dont le plafond était doré. Ce riche appartement avait vue, par ses verandahs, sur une grande place plantée d’arbres rangés à des distances rapprochées. Une forte palissade de bambou entourait cette place.

La beauté du repas nous confirma pleinement dans l’idee qu’on nous avait donnée de la royale hospitalité du nawab. Il nous traita de la manière la plus gracieuse, et après avoir fait largement honneur à sa table, nous passâmes tous dans le verandah pour assister à un de ces fameux combats d’éléphants qui rendent Lucknow si célèbre. L’ouverture de la lice fut annoncée par trois coups frappés sur un gojig, à des distances inégales, afin de distinguer ce signal de l’heure qui se sonne de même. A peine avions-nous pris place , de manière à bien voir, qu’un éléphant femelle fut introduit dans l’enclos, suivi de deux cavaliers bien montés et armés de longues lances. Dès que la bête fut au centre de la place, elle jeta autour d’elle un regard de complaisance, comme si elle eût eu l’idée de la scène glorieuse pour elle qui allait se passer. Elle restait immobile, frappant de temps en temps ses tempes de ses larges oreilles, et

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repliant légèrement sa trompe. Tout à coup, par deux entrées différentes, on lâcha dans l’arène deux énormes éléphants mâles, qui, à la vue de la femelle, coururent rapidement vers elle. Mais chacun , en apercevant qu’il avait un rival, s’arrêta tout court, et il y eut une pause de quelques instants.

On voyait bien que ni l’un ni l’autre n’avait envie de commencer les hostilités, car ils restaient immobiles, se regardant alternativement, puis regardant la femelle, et tout cela d’un air craintif et irrésolu. Déjà les cavaliers se disposaient à les harceler avec leurs lances, et à les pousser au combat, quand l’un des deux champions, plus hardi que son adversaire, s’approcha, toujours avec précaution, de la femelle, avec le désir évident de s’insinuer dans ses bonnes grâces, mais sans brusquer son rival et sans le forcer à intervenir. Cet empiétement n’était pas de nature à passer inaperçu aux yeux de ce dernier. Il lança sur le téméraire un regard soupçonneux, et s’avançant à son tour avec la même prudence, il le suivit pas à pas. En ce moment la rencontre devenait inévitable, et les spectateurs avaient les yeux fixés sur le lieu du combat avec la plus ardente curiosité. En avançant également vers l’objet de leur commune convoitise, les éléphants avaient fini par se trouver tellement près l’un de l’autre qu’il ne leur restait plus d autre alternative que de se disputer le terrain. Ils étaient de taille tout-à-fait semblable et à peu près du même âge , à ce que l’on disait. Il eût été difficile de dire de quel coté serait l’avantage.

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