CHAPITRE XI
sihle à la douleur; son état d’épuisement était visible et amortissait en lui toute espèce de sensation. C’est à cette circonstance sans doute que le chien dut d’échapper à son dangereux emprisonnement. Sa tête cependant se retrouva plus d’une fois dans la gueule de l’alligator ; mais il semblait l’y plonger impunément, et l’en retirer à volonté. A la fin , il saisit derechef le museau de son ennemi mourant, et redoubla ses morsures avec tant de rage, que l’alligator, à l’agonie, ouvrit ses mâchoires , et les refermant aussitôt sur son adversaire acharné, le retint captif et fortement serré. Lorsqu’il eut été délivré par les soins des serviteurs chargés de présider à l’ordonnance du spectacle , il semblait complètement mort. On jeta encore de l’eau sur les deux combattants, ce qui ne produisit que peu ou point d’effet sur l’alligator; mais le chien, à notre extrême surprise , se releva presque immédiatement, chancela pendant quelques secondes, et, au moment oh on lui rendit la liberté, s’enfuit en courant , comme s’il ne lui fût rien arrivé.
Le nawab avait un espace de terrain fermé, d’une étendue de plusieurs acres , oh l’on gardait une riche collection d’oiseaux de proie et d’animaux carnassiers. Dans cette collection très-variée , se trouvaient plusieurs couples de chiens des montagnes de Rhamghur, qui formaient des meutes au nombre de plusieurs centaines. Ces chiens ne craignent pas de poursuivre le tigre le plus féroce, et en triomphent en peu d’instants. C’étaient des animaux pleins de courage ,
TABLEAUX DE LTNDE.
mais qui ne semblaient pas plus carnassiers que d’autres. Leur taille était à peu près celle d’un chien de chasse. On les tenait enfermés dans des cages, car on les apprivoise difficilement, et leur nature sauvage les entraîne continuellement dans les jongles, en quête du gibier. Il leur arrive souvent d’exterminer tout un troupeau de daims sans en laisser échapper un seul.