CHAPITRE XII
Le corps d’x4soph-iid-DôIah, qui fit construire le mausolée que je viens de décrire, est renfermé dans un sépulcre constamment éclairé par un nombre immense de cierges. Le sarcophage où reposent ses restes est sans cesse jonché de fleurs et de petites bandes de papier doré: je n’ai pu savoir dans quel but on y déposait ce dernier objet. La tombe est toujours soigneusement couverte de pain consacré, apporté de la cité du prophète, où l’on s’en procure à grands frais de temps en temps. Des versets du koran se chantent jour et nuit sur les cendres du prince. Un encensoir, rempli de parfums divers, est placé d’un coté du sépulcre; de l’autre côté sont l’épée et le commerbond du défunt. Au chevet sont déposés son turban, et une copie du koran.
Lucknow est à environ cent cinquante milles (do lieues) de Calcutta, et reçoit par conséquent la visite de beaucoup d’étrangers qui résident à la Présidence, et surtout celle des dames, aussi avides de voir les combats d’éléphants, et les autres curiosités pour lesquelles cette ville est célèbre, que les personnages de rang supérieur, qui regardent le droit d’assister à ces divertissements peu récréatifs comme un privilège individuel.
Je consacrerai le reste de ce court chapitre au récit d’une aventure intéressante qui eut lieu il y a environ trois ans, et qui se rattache en quelque manière tà Lucknow.
Il y a une trentaine d’années, un capitaine de vaisseau de la compagnie des Indes obtint la faveur d’être
TABLEAUX DE LTNDE.
présenté à une dame persane remarquable par ses attraits. Il ne tarda pas à en devenir épris ; ses sentiments furent payés de retour, et les amants furent bientôt époux. La dame possédait une grande fortune, de sorte que le mari abandonna sa profession, et fixa son séjour à Lucknow. Il y résida plus de trois ans au sein de l’aisance et du bonheur domestique , avec sa femme qui, dans cet espace de temps, lui donna trois enfants. A cette époque il s’absenta, et ne revint que lorsque son fils aîné avait atteint l’âge de sept ans : son père l’amena alors en Angleterre , afin de lui procurer les avantages d’une éducation européenne. Il arriva que l’ex-capitaine , pour quelque motif resté jusqu’à présent dans le champ des conjectures , laissa croire à son fils qu’il lui était entièrement étranger, et se fit passer à ses yeux pour un ami auquel on l’avait confié durant la traversée. Presque aussitôt après leur arrivée en Angleterre , le père mourut subitement sans révéler à son pupille les liens de parenté (|ui existaient entre eux. L’enfant avait le teint particulier à son climat natal, et les traits de la race dont il était issu par sa mère. En conséquence, la famille du défunt, qui n’avait jamais été informée de son mariage, regarda cet orphelin comme un mulâtre, et crut lui assurer un sort convenable, en le plaçant en qualité d’apprenti chez un épicier, qu’il servit tout le temps voulu avec zèle et fidélité. Quand il eut achevé son apprentissage , les parents de son père lui comptèrent la somme de cent livres (aôoofr. ), et le jetèrent dans le monde pour y chercher fortune, ayant soin