CHAPITRE
et, par quelques provocations, il n’eut pas de peine à l’éloigner de moi et à l’attirer vers lui. L’animal irrité tourna sur-le-champ toute sa rage contre cet ennemi. Celui-ci voyant cela, sauta lestement sur l’arbre, où il fut suivi par l’ours avec une égale promptitude. L’homme, parvenu à la cime, attacha, sans perdre une minute, une longue corde à l’extrémité de la branche sur laquelle il était posé, et la laissa couler à terre, où l’un de ses compagnons, la saisissant par l’autre bout, se mit à tirer de toutes ses forces , de manière à faire décrire à la branche un quart de cercle, et à l’amener à une position presque horizontale. Elle se trouvait ainsi projetée au-dessus du précipice, dont aucune autre bi’anclie intermédiaire ne la séparait. Cela fait, et le degré de tension étant suffisant , le montagnard se glissa avec précaution jusqu’au point le plus rapproché de l’extrémité, toujours suivi de l’ours, qui avançait avec une prudence au moins égale. Puis, dès qu’il vit la bête posée sur la branche tendue, il se laissa glisser adroitement le long de la corde jusqu’à terre. L’ours , frustré de sa proie d’une manière si inattendue, chercha à se retourner et à revenir sur ses pas; mais à peine eut-il lâché prise dans ce but, que l’homme coupa tout à coup la corde, dont le bout avait été solidement noué à une souche voisine; la branche alors, dégagée de sa violente contrainte, reprit son élasticité , et regagna avec une force irrésistible sa position naturelle. I^a promptitude, l’impétuosité du choc détachèrent l’ours de son étreinte: il fut lancé dans l’air comme un bloc de rocher par une catapulte.
TABLEAUX DE LTNDE.
A peine eut-il le temps de pousser un cri étouffé ; précipité dans l’abîme, il alla tomber, avec un bruit sourd, sur les rochers qui en garnissaient le fond, et ne tarda pas, sans doute, a devenir la proie inanimée des vautours et des cliakals. L’adresse avec laquelle le hardi montagnard conduisit ce périlleux stratagème, me jeta dans l’admiration.
Dans notre trajet jusqu’à Seririagour, nous rencontrâmes en abondance toutes les espèces d’arbres et de plantes d Europe. Nous vîmes l’églantier avec et sans épines, le châtaignier, l’érable, le saule, le pommier, le poirier, l’abricotier, l’épine-vinette, le bouleau, 1 if , le pin, le frene, le sapin. Nous trouvâmes encore le mûrier, le laurier, le noisetier, la mauve de marais. La framboise, la fraise, la groseille, abondent dans ces contrées, ainsi que les fleurs familières aux Européens, telles que la rose eglantine, l’héliotrope, le lychnis, le souci, le narcisse, le pavot, le piedd’alouette. Les laitues, les turneps , les choux, les pommes de terre y poussent également fort bien et en grande quantité. Je crois même qu’il existe à peine une fleur, un fruit ou un légume d’Europe qui ne soit pas un produit de quelque partie de ces montagnes. On nous dit que dans les régions les plus élevées, on rencontrait souvent des chênes j cependant nous n’en vîmes pas. L’ortie commune y croît abondamment, mais elle est moins piquante qu’en Europe. Nous nous amusâmes beaucoup des grimaces et de la promptitude avec lesquelles nous vîmes se remettre sur pied deux de nos serviteurs bengalais qui s’étaient