‹ L'Inde pittoresque. Calcutta. TexteChapitre 9 sur 136 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

avisés de s’étendre sur une touffe de cette herbe traîtresse , et de leur ébahissement , tandis qu’ils cherchaient à découvrir la cause de leur douloureuse surprise.

Nous traversâmes plusieurs ( ravins) au

milieu desquels étaient d’énormes masses détachées des rocs supérieurs ; elles étaient tellement arrondies et polies par l’eau du torrent, qu’on aurait pu les croire ainsi façonnées de main d’homme. Pendant les pluies qui gonflent les torrents, ces masses , remuées par le courant , éprouvent un frottement continu , et une agitation au-dessus de toute idée. Il est vrai que l’impétuosité des eaux qui descendent des montagnes est si grande, qu’elles entraînent dans la plaine des quartiers de roche tout entiers.

Cependant les difficultés de notre voyage ne faisaient que croître ; il fallait une bonne tête pour oser plonger un regard au fond des gouffres béants qui s’ouvraient sous nos pas, et notre curiosité ne nous permettait pas de passer les yeux fermés; d’ailleurs, le chemin que nous suivions pour descendre la montagne était parfois tellement escarpé, que nous étions forcés de nous accrocher aux saillies des rochers ou à quelques buissons rabougris qui croissaient çà et là en dépit de la nature pierreuse et des aspérités du terrain.

Mais nous étions dédommagés par l’aspect sublime que nous offraient ces pics élevés, qui nous entouraient de tous côtés. Des vallées si profondes et si sombres qu’elles défiaient le regard le plus perçant ; des rochers qui s’élancaient en spirales majestueuses

TABLEAUX DE L’INDE

au-dessus d’elles, entourés d’une ceinture légère de nuages , tel était le contraste à la fois grandiose et pittoresque, magnifique et sauvage, qui frappait nos yeux, à chaque pas. U y a quelque chose de si solennel , de si irrésistiblement saisissant dans le spectacle de ces admirables créations, que sans l’attrait de la végétation parsemée çà et là sur ces côtes gigantesques, et qui invite les voyageurs à jouir de sa fraîcheur, on ne se sentirait pas le courage d’aller plus loin.

Nous étions quelquefois obligés de traverser à gué les nullahs y ayant de l’eau jusqu’à la ceinture, et ce n’était pas sans peine que nous pouvions tenir pied , a cause de la rapidité du courant , et des pierres rondes et mouvantes qui l’obstruaient. On ne peut se faire une idee des obstacles et du danger que présente le passage de ces petits torrents. La moindre glissade peut être fatale ; car telle est la violence avec laquelle ils roulent, que si le voyageur ne met pas toute sa force et son attention à garder son équilibre, le courant ne tarde pas à lui faire perdre pied, et une fois renversé, il est précipité de cascade en cascade, et broyé contre les quartiers de roche avant qu’il soit possible de venir à son secours. Le lit de ces nullahs est étroit , profond et irrégulier. Un des hommes de notre suite fut renversé, et ne dut son salut qu’au hasard, qui lui offrit une branche d’arbre tombée en travers du torrent, et à laquelle il parvint à se retenir. Le retentissement du torrent couvre la voix humaine, et se répète en échos prolongés, de manière à produire une confusion de sons non intermittents ,

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