CHAPITRE Xlll. un
decouverte, elle n arrêta point l’exercice généreux des devoirs de l’hospitalité. Ces devoirs furent rigoureusement accomplis ; mais le ressentiment que le chef Hara nourrissait dans son sein ne fut pas pour cela un seul moment affaibli. Tandis qu’il donnait des ordres pour que les secours les plus efficaces fussent prodigués à l’étranger, son cœur était gros de haine et de malédictions. « Puisse son ombre décroître , » mui mui ait-il , des que nul n était plus la pour saisir lécho de ses pensées, «jusqu’à ce qu’il ne soit plus « qu’un esprit torturé errant dans les lieux de son « pèlerinage ! que la prospérité n’étende jamais ses « ailes au-dessus de sa demeure, mais que le fléau de « 1 affliction le frappe lui et les siens ! s’il devient « époux et père, que ses enfants soient orphelins, et «que sa femme soit veuve ! m
Ces imprécations et d’autres semblables étaient continuellement sur ses lèvres ; cependant il ne respecta pas moins religieusement les droits de l’hospitalité , et le jeune Rahtore fut entouré des soins les plus attentifs jusqu’au moment où il se trouva en état d’être transporté à sa propre demeure. Durant le court espace de temps qu’il resta confiné sous le toit de l’ennemi de sa famille, il avait saisi l’occasion de déclarer sa passion a son aimable libératrice. Il lui dit que long-temps il avait cherché à étouffer ses sentiments à cause de l’inimitié qui subsistait entre leurs maisons, mais qu’il avait trouvé cette entreprise audessus de ses forces. Cet aveu n’était ni imprévu ni fait pour déplaire. Sa jeune garde-malade, car la fille
TABLEAUX DE L’INDE
du Hara avait veillé près de lui avec sollicitude, l’entendit donc sans surprise, mais non pas sans plaisir; et avant que le jeune homme eût quitté le toit de son père, le serment d’un attachement éternel avait été réciproquement prononcé.
Quoique la blessure du Rahtore eût d’abord été jugée mortelle, il ne tarda pas à se rétablir, et dès ([u’il eut recouvré assez de force pour quitter sa demeure, il fit faire des ouvertures à l’ennemi héréditaire de sa famille pour obtenir la main de sa fille. Le vieillard s’enflamma de la plus violente indignation, à une proposition qu’il regardait comme attentatoire à la dignité de sa maison , alors qu’il se croyait tenu , d’après les obligations que lui inspirait une antique inimitié, à soutenir la querelle existante entre sa race et celle du Rahtore. En conséquence, il rejeta la demande de ce dernier dans les termes les plus durs , reprochant en même temps au jeune guerrier d’avoir séduit les affections de son enfant, au moment où lui-même était recueilli mourant sous le toit du père , et recevait tous les secours bienveillants d’une scrupuleuse hospitalité. Cette accusation fut repoussée avec la farouche indignation et l’irritable susceptibilité propres au caractère du fier Rajpout , et l’abîme qui les séparait fut désormais infranchissable. Le jeune chef se considérait maintenant comme personnellement insulté, et Tardent amour qu’il ressentait pour la fille de l’homme qui l’avait si imprudemment rebuté , fut seul capable de sauver l’agresseur des effets immédiats de sa vengeance. Il en suspendit pour