‹ L'Inde pittoresque. Calcutta. TexteChapitre 83 sur 136 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

le moment les coups , mais jamais un Rajpout n’oul)lie ou ne pardonne un outrage personnel. Si la mémoire du tort qu il a souffert peut sommeiller durant des années dans son cœur, il est rare qu’un temps n’arrive pas où l’étincelle se rallume , et l’incendie qu’elle produit devient alors dévorant.

Le vieux Hara , dans l’exces de son indignation , accusa son enfant d avoir conspiré contre lui. Ses menaces éclatèrent avec violence ; la fierté de sa fille en fut révoltée. Son maintien était calme et sa langue muette 5 mais le sang affluait vers son cœur avec une lapidite qui en agitait toutes les fibres, quoique au dehors rien ne parût troubler sa sérénité. Son père la quitta plein de colère, en lui faisant les plus dures menaces. Cette aine pure, mais résolue, se souleva contre tant de tyrannie. Elle sentit qu’elle avait été accusée à tort, et après que les premiers transports de son indignation se furent calmés, et eurent laissé le champ libre à la réflexion, elle se convainquit plus invinciblement que jamais, qu’elle avait subi d’injustes reproches , et que son père usait d’une sévérité coudamnable en cherchant à la séparei* de l’objet de son premier et de son unique attachement. Elle jugea qu’il était tyrannique de sa part, de vouloir étouffer une affection qui, d’un côté, avait pris naissance au moment où elle avait dû le salut de ses jours h celui qu’avait choisi son cœur; et de l’autre, s’était fortifiée, lorsque elle-même à son tour lui avait sauvé la vie.

Le lendemain matin le vieillard revint trouver sa fille ; ses manières avaient perdu quelque chose de

TABLEAUX DE L’INDE

leur rudesse du jour précédent; néanmoins, il ne pouvait parler du Rahtore sans trahir la fureur dont il était possédé. '

— « Oubliez-le, jeune fille,» s’écria-t-il sévèrement; « jamais, comme membre de notre famille, il n’obscurcira de son ombre le seuil de cette porte. Il a mangé de mon sel , la vengeance du Hara est apaisée ; mais la guerre n’est pas éteinte, et une vieille haine doit encore s’attacher à lui comme une nielle corrosive. Nous sommes engagés dans une éternelle Inimitié. Elle est enregistrée en caractères indélébiles dans les traditions que m’ont léguées mes pères ; et une obligation testamentaire à la fois si puissante et si sacrée ne peut s’effacer tant qu’il reste au cœur un sentiment , ou à famé une volonté. J’aimerais mieux voir le tigre habiter cette demeure , plutôt que l’homme que vous désirez pour époux. Il ne le sera jamais. Oubliez-le! »

— « Le sauveur de ma vie, » répondit la fille, avec une énergie calme et mesurée, qui indiquait une irrévocable résolution, « a des droits à ma reconnaissance, et ces droits, on ne peut dignement y satisfaire qu’en lui donnant ce qui fait l’objet de ses vœux les plus ardents , surtout lorsque c’est en même temps le don que je suis le plus disposé à lui accorder. Mon affection lui fut acquise le jour où son courage excita mon admiration; et ce sentiment depuis lors s’est accru de toute mon estime. Son cœur est aussi tendre parmi les bosquets d’arécas, qu’il est intrépide dans la forêt où s’embusque le tigre, où le

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