CHAPITRE XIII
lion erre en quête de sa proie. Il s’amollit aussi doucement au son de la sittar^ ^ qu’il se gonfle noblement au signal de la trompette guerrière. Mon amour est impérissable. Je ne serai point ingrate, mon père; l’ingratitude est le vice des aines méprisables. »
— Il a sauvé votre vie, et, en retour, vous avez sauvé la sienne ; ainsi les obligations qu’imposait la reconnaissance sont milles. Il a trouvé assistance dans son danger sous le toit de son ennemi héréditaire, et a été renvoyé en sûreté à sa propre demeure. "Votre dette a été plus que payée. S’il y a balance , elle n’est pas en sa faveur. »
— « Il est vrai, mon père, et il n’aspire qu’à venir à vos pieds rétablir l’égalité en faisant le bonheur de votre fille. Rappelez-vous qu’alors qu’elle était en péril, pour me servir des paroles d’un poète de notre nation ^ : Le jeune homme parut comme un dieu tutélaire , et peu soigneux d’une vie dont le prix surpasse celui du monde entier. Il vint par le secours de son bras puissant m’arracher h ma perte. Pour moi il brava les attaques du monstre, aussi terribles que les atteintes de la foudre. Le tigre aiguisa en vain ses ongles crochus, le héros triompha. Le monstre furieux tomba sous son glaive, w
— « Pas un mot de plus , c’est assez. Vous me connaissez, ma fille; je n’écoute plus rien. Voulez-vous attirer la malédiction sur la maison de votre père ?
' Espèce de guitare.
^ Bhavabhuti.
TABLEAUX DE L’IIS DE
Les pierres même élèveraient contre vous un cri cl’indignation. Souvenez-vous que les volontés d’un père doivent être respectées. Je ne souffre pas qu’on méprise les miennes. »
Elle garda le silence, mais en même temps son regard étincelant et ferme disait assez que ce n’était pas le silence de la soumission. Son cœur se gonfla dans sa poitrine, lorsque le Hara se fut retiré, et sa détermination s’affermit en proportion de l’effort qu’elle faisait pour réprimer ses sentiments. Dès cet instant elle chercha l’occasion de rompre les liens qui la retenaient, et de se dérober à une tyrannie qui était devenue trop pesante pour son ame énergique. Elle passa plusieurs jours dans le silence de son appartement, d’où elle sortait rarement , et le résultat de ses méditations fut la résolution de rendre inutile le refus vindicatif de son père, en volant dans les bras de l’homme en qui elle découvrait un esprit conforme au sien, et dont elle savait que chaque sentiment était en parfaite harmonie avec ceux de son propre cœur. En conséquence, elle lui envoya, par l’intermédiaire d’un messager fidèle, un tableau qui représentait un chasseur retirant un faon des griffes d’un tigre. Il n’eut pas de peine à comprendre l’allusion , et lui renvoya un message sous la même forme hiéroglyphique. Le chasseur était représenté avec le faon réfugié dans son sein , et une colombe voltigeant au-dessus, pour marquer la promptitude avec laquelle il se préparait à remplir ses désirs. Plusieurs autres communications tlu même genre curent heu entre les deux amants.