‹ L'Inde pittoresque. Calcutta. TexteChapitre 91 sur 136 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

lequel la fête nuptiale avait eu lieu était désert, et son cœur palpita d’anxiété à l’horrible pressentiment qui traversa soudain sa pensée.

Il passa dans une seconde salle; la jeune épouse n’y était pas. Ses femmes étaient tout en larmes: il leur demanda, avec l’expression de la plus vive angoisse, ou était sa bien-aimée. Elles lui indiquèrent avec un signe de désespoir une cour située derrière la maison , et gardèrent un sinistre silence. Il courut vers ce lieu , et y trouva toutes ses craintes justifiées par la plus terrible réalité.

Aussitôt après le départ de son époux pour le champ de bataille, l’infortunée jeune femme avait fait élever son bûcher, fermement résolue à se sacrifier elle-même, selon l’usage de sa race , si l’objet de son tendre attachement périssait dans le combat. Elle connaissait l’inégalité de forces qui existait entre les deux troupes ennemies, et s’était dès lors préparée aux plus funestes événements.

Lorsque l’époux désespéré arriva dans l’enclos où la sita dévouée avait fait ériger son bûcher funèbre , saisi de mouvements convulsifs, et le cœur déchh’é, il l’aperçut déjà montée sur cet amas de matières en combustion. Les flammes s’élevaient rapidement autour d’elle pour accomplir l’œuvre de mort. Pour elle, intrépide, debout, le front calme, portant dans tout son maintien les signes d’une sombre détermination , elle offrait au malheureux époux un spectacle qui le glaça de terreur. Son œil étincelant d’une effrayante énergie se fixa sur lui, lorsqu’il parut, et lui lança

TABLEAUX DE L’INDE

iiii regard empreint du plus profond mépris. Ses vêtements étaient déjà tout en feu, et ses membres horriblement brûlés , mais pas un muscle de son visage ne trahissait l’horreur de ses souffrances; toute sa personne était fixe comme le roc cpie fatigue , au milieu du désert, l’éclat impuissant et redoublé de la foudre. Le Rabtore s’avança précipitamment, mais elle leva le bras pour lui défendre d’approcher. Il demeura cloué à sa place, n’osant interrompre le sacrifice volontaire auquel elle se soumettait. Elle ne le quitta pas des yeux, et n’en adoucit pas un seul moment l’expression pleine d’indignation et de dédain.

Déjà le feu avait fait d’affreux ravages sur ses formes gracieuses, et elle ne laissait échapper aucun signe de douleur dans cette agonie trop terrible pour être décrite. Ses traits conservaient toujours la même immobilité. Au bout de quelques moments , ses jambes fléchirent, et elle tomba sur les genoux, entièrement enveloppée par les flammes. De temps en temps, néanmoins, un souffle de vent les écartait de leur victime, et la montrait un instant, majestueuse, et conservant dans chaque trait de son visage cette altière indignation qui n’avait cessé de l’animer. La peau de ses bras se racornit , et se roula comme une feuille de parchemin ^ ; ses nerfs se rompirent ; mais elle regardait les progrès que les flammes faisaient sur ce corps, modèle de beauté , avec une amère dérision , comme

• Je fus une fois témoin d’une circonstance semblable en assistant à un sûttie , qui eut lieu aux environs de Poûnah.

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