CHAPITRE XVI
Les Fourmis blanches. — Bénarès. — Infanticide.
Durant notre séjour a Juaupour, nous fûmes tellement incommodés par les fourmis blanches, que nous eûmes hâte de nous remettre en route pour Bénarès, afin de nous soustraire au plus vite à ce fléau.
Ces singuliers insectes sont une des merveilles de l’histoire naturelle. C’est, parmi les espèces de leur taille, les bétes les plus destructives de l’univers. Ni la pierre, ni le métal, ne sont à l’abri de leur puissance de dévastation. Quelques instants leur suffisent pour percer tout un rayon de livres. Dans le cours d’une seule nuit, elles traversent le coffre de bois le plus solide, et détruisent tout ce qu’il contient. Je les al vues creuser un poteau de dix pouces au moins d’épaisseur, et n’en laisser que l’écorce, de sorte que
TABLEAUX DE L’INDE
cette pièce de bois, cpii paraissait assez forte pour soutenir un bâtiment, tomba en poussière au moindre toucher. Ces fourmis se trouvent en plus ou moins grand nombre dans toutes les parties de ITnde : cependant elles préfèrent les endroits oh elles rencontrent plus facilement la terre glaise, dont elles consomment une énorme quantité pour construire leurs populeuses demeures. L’une de leurs habitations peut couvrir une étendue de cinquante pas de surface carrée , et s’élève quelquefois à vingt pieds de haut. Ces habitations sont si rapprochées, dans de certaines contrées, qu’on prendrait leur réunion pour de petits villages en ruine semés sur la plaine.
Ces singuliers insectes vivent en communauté et obéissent à un roi et à une reine. Ils forment trois classes. La première est composée de la portion guerrière de ce peuple; elle est chargée de la défense des habitations contre tout ennemi extérieur. Aussi ne fait -il pas bon en approcher; on en est puni de suite par une piqûre si forte que le sang s’échappe abondamment delà plaie. La seconde classe comprend la portion travailleuse; elle est sans cesse occupée h la construction des loges ou a la réparation des dégâts qui y surviennent, soit par attaque, soit par accident. Enfin, la troisième classe est formée des individus destinés à la propagation de l’espèce. C’est de cette classe que sortent les rois et les reines, qui vont aussitôt créer d’autres royaumes, et rassembler autour d’eux des populations actives et dévorantes.
Quand elles veulent détruire un objet, elles com-