CHAPITRE XVL
niencent par 1 enduire d’une couche mince de terre glaise, qu’elles humectent de leurs propres sécrétions. Sous cette croûte elles pratiquent d’innombrables galeries , dans lesquelles elles travaillent à l’aise et à l’abri des regards , jusqu’à ce qu’elles aient tout rongé avec une incroyable rapidité, ne laissant subsister que la surface artificielle quelles ont donnée à l’objet, et qui en conserve la forme extérieure. « Elles s’intro- « duisent, » dit un voyageur qui les a observées, « dans « le tronc d’un grand arbre abattu par l’âge ou par un K violent accident, en commençant par le coté qui « pose à terre. Elles rongent ensuite tout l’intérieur «jusqu’à l’écorce, sans se donner la peine de la cou- « vrir d’un enduit , non plus que de remplacer le bois « quelles en ôtent, leur instinct leur disant que cela « n’est pas nécessaire. Ces arbres creusés d’une ma- « nière si perfide m’ont attrapé cent fois. Lorsque je « voulais, en courant, sauter sur leur tronc et y faire « trois ou quatre pas, je me trouvais marcher à vide, « et, perdant l’équilibre, j’allais rouler la tête en avant « parmi les ai-bres et les buissons voisins, de manière « à me démonter les os et la mâchoire. »
Ces peuplades de fourmis blanches sont si innombrables, qu’on a beau en tuer des myriades, on ne s’aperçoit pas quelles diminuent. Dans de certains endroits peu favorisés, elles deviennent, par leur incommodité permanente , un véritable poison dans la vie domestique. La reine est douée d’une incroyable fécondité ; elle produit au-delà de quatre-vingt mille œufs en vingt-quatre heures. Rien de plus curieux
TABLEAUX DE LTNDE.
que de voir le roi et la reine de ce petit empire, constamment entourés d’une foule de serviteurs prêts à leur obéir. A mesure que la reine a pondu un œuf, il est transporté et déposé doucement dans une cellule particulière et distante de l’appartement royal ; aussitôt que l’insecte est éclos, il devient l’objet des soins les plus attentifs, jusqu’à ce qu’il soit assez fort pour se suffire à lui-même, et prendre part aux travaux de la communauté.
Ces animaux sont si friands de papier, qu’ils causent les plus grands ravages dans les bibliothèques quand ils peuvent y atteindre. Le seul moyen d’en préserver les livres est de les faire relier en cuir de Russie, dont l’odeur forte les chasse.
Partis de Juaupour, nous ne rencontrâmes rien qui mérite d’être cité jusqu’à notre arrivée en vue de Rénarès. J’ai décrit amplement dans le volume précédent cette cité sainte de l’Indostan , et ses établissements religieux si célèbres. A une petite distance de son enceinte, nous nous décidâmes à amarrer notre hiidgero, et à prendre terre pour assister à l’une des plus cruelles mortifications que le fanatisme religieux impose aux malheureux Indous. Ce supplice s’appelle le churrack-poaja. Quelques ordres religieux se l’infligent volontairement par dévotion , et d’autres individus par calcul , pour mériter d’être admis de nouveau dans leur caste, quand quelque souillure les en a fait bannir. D’ailleurs, la cause de cette exclusion peut quelquefois être indépendante de la volonté du membre qui en est l’objet, comme si, par exemple.
CHAPITIIE XVI.
il a été touché par un paria, ou s’il a mangé, à son insu, dans un vase souillé par le contact d’un de ces individus maudits. Le churrack-pouja lui sert alors de purification.
Un jour, en ma présence , un cipaye de haute classe tomba eu proie aux accès d’un mal soudain. Le chirurgien militaire ordonna à l’un des parias employés au service de l’ambulance de lui jeter de l’eau au visage. Dès ce moment aucun des membres de sa classe ne voulut avoir de rapport avec lui, et il fut proclamé déchu de tous les privilèges communs à cette classe. Le soir, après la parade, le malheureux excommunié appuya la bouche de son mousquet sur son front, et se fit sauter la cervelle. La scène à laquelle nous assistâmes avait justement pour but de rendre à un individu, dans le même cas, les prérogatives du rang auquel les Indous attachent un prix si inestimable et si facile à perdre.
A peine débarqués, nous nous trouvâmes au milieu d’un immense concours de peuple rangé en un cercle d’environ vingt pas de diamètre. Tout au milieu était une grande et forte perche fixée verticalement en terre. A l’extrémité de cette perche, était attachée une traverse de bambou , assez forte pour supporter le poids d’un homme. Elle tournait sur un pivot mobile, de manière à pouvoir être placée dans une position verticale, ou à se mouvoir circulairement, à volonté. La traverse portait sur le tiers de sa longueur, dépassant la perche des deux autres tiers par un côté, et de ce côté on avait attaché une corde qui pendait
TABLEAUX DE LTNDE.
à terre. A l’extrémité de la partie la plus courte, était fixée une poulie, dans laquelle on avait passé une corde garnie, h ses deux bouts, de deux crochets en acier poli. La perche verticale et la traverse étaient l’une et l’autre de bambou , frais , très-fort , et qui casse fort difficilement.
Quand tout cet appareil fut disposé , un brahmine, qui fait ordinairement les fonctions d’exécuteur dans ces occasions, s’avança au milieu de l’enceinte, et après avoir graissé les crochets d’un peu de ^ tiré d’un vase consacré , et mis en réserve exprès pour cet usage, il fit signe au patient d’approcher. C’était un bel homme, dans la force de l’âge, qui avait encouru le ban de sa caste pour avoir mangé des aliments défendus dans un voyage de Calcutta à la Chine, durant lequel il avait servi, en qualité de domestique, le capitaine du navire.
Au signal donné par le brahmine, cet homme s’avança sans la moindre apparence d’émotion, plutôt même avec un air de contentement que faisait naître en lui l’idée de se voir bientôt rendu à la position sociale qu’il avait perdue parmi les siens. Il était nu jusqu’à la ceinture. Le reste de son corps n’était couvert que de son commerbond, et d’une paire de caleçons de toile blanche qui lui descendait seulement au milieu de la cuisse. Tl était d’une taille assez grande et très-musculeux ; sa démarche était assurée.
Arrivé au lieu d’expiation, il s’agenouilla sous la
Beurre de femelle de buffle.