‹ L'Inde sous la domination anglaise;Chapitre 11 sur 101 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

f>u caractère , (ies mœurs, des habitudes du soldat iiidoQ,

tes traits principaux du caractère des habitants de la péninsule indoue se retrouvent dans le cipaye. Le musulman , rindou , le brahme, le chactryas , continuent d'exister sous l'uni forme anglais. Le caractère national ne laisse pas que de conserver quelque chose de son in* dépendance et de son originalité, même sous le joug pesant de la discipline militaire. Nous tâcherons donc d'esquisser rapidement quelques traits de la physiono* mie du cipaye anglais.

Les traits saillants par lesquels les armées des trois présidences se distinguent l'une de l'autre ont déjà été indiqués.

Il serait maintenant à propos de nous rendre compte de ce qu'elles ont de commun, de ce qui constitue le caractère, la physionomie propre du soldat indigène sous le drapeau anglais.

Le cipaye est en général d'une taille au dessous delà moyenne. Sa force physique n'est pas considérable; en revan(ihe il est capable de supporter les plus grandes ffitigues. Aucun soldat européen ne le surpasse ni môme ne l'égale en aptitude à tous les exercices militaires (1). Il est peu d'hommes dont l'esprit soit plus vif, plus prompt, plus ouvert à toutes sortes d'études. Les deux traits les plus saillants de son caractère sont, d'un côté, une grande facilité d'ol)éissance , de l'autre une grande susceptibilité sur les procédés dont il est l'ob-s

(1) Sir «lohn Nalcolnv

ki l/lNDB sors î.k D(»l(>ATIO?( ANGLAISE.

jet; susceptibilité (lui met aux mains de celui qui le commande un ressort tout puissant, mais en même temps éminemment difliciie n manier. Un procédé qui le flatte lui fera braver les périls les plus extrêmes, supporter les plus rudes Eitigues. Un procédé qui le blesse le jette tout à coup dans le mécontentement, les murmures, la révolte; lui fait compter pour rien , pourvu qu'il en ait vengeance, ou sa propre vie, ou la vie de ceux que la veille encore il avait Thabilude d'aimer et de respecler. Ailleurs nous avons dit des indigènes :

« Les Indous ont une sorte do mollesse féminine dans leur constitution, leurs manières, leurs discours ; c'est le résultat de causes en partie physiques, en partie mo*raies. Leur tempérance est extraordinaire. Ils s'abs*tienncntde toute nourriture substantielle, ils vivent dans un climat énervant: de là une constitution faible, sans énergie , que chacun transmet à ses descendants encore un peu plus affaiblie qu'il nôH'a reçue de ses pères. L'extrême circonspection naturelle à l'Indou est encore augmentée par la crainte où ils sont 3Qns cesse d'offenser tout ce qui a vie, même dans les espèces d'animaux les plus inférieures; il ne saurait marcher, se remuer, sans courir le danger de sq rendre coupable de quelque meurtre irréparable; il craint encore de se trouver tout à coup souillé par le contact d'un étranger ou d'un homme de caste inférieure. Les Indous ont en général de l:»eaux traits, sont bien proportionnés, et la beauté des femmes est souvent admirable. Dénués de Ibrce musculaire, ils sont en général d'une agilité et d'une adresse extraordinaii^s : les messagers indous peuvent faire cinquante nnlles par jour pendant cinq ou six semaines 5 leur iufanlorie , quand elle n'est pas chargée d'un poids au dessus de ses forces,- se montre

LIY» VII. — INSTITUTION» MILITAIRES tlTy

supérieure dans ses marclies à toute autre iulanlerie ; leurs jongleurs surpassent de même ceux de tous les autres pays en contorsions et en tours de (orée. La délicatesse de leur constitution est accompagnée d'une grande finesse, d'une grande sensibilité de tous les or- {janes das sens, ce qui leur donne une supériorité incontestable clan6 quelques uns des arts manuels les plus difliciles, par exemple dans celui du tisserand. Lesdoigts tlexibles et l» touche légère des Indous paraissent merveilleusement adaptés à la finesse des étoffes qui sortent de leurs métiers; etce même instrument dontiisse servent pour fabriquer la plus transparente mousseline produirait à. peine un grossierTcanevas sous les doigts d'un Européen, L'organisation morale de Tlndou n'a p^s moins de délicatesse que sa constitution physique : c'est une sorte de plante sensitive (jui se referme sous le toucher le plus léger, qui s'épanouit aux moindres rayons du soleil. Il aime le repos à un point extrême ; un proverbe très répandu dans l'Indostan dit : a II vaut mieux être assis que debout, il vaut qaieux être couché qu'assis ; mais la mort est au dessus de tout. 9 Le jeu^de panchess, qui a quelque ressemblance avecles dames et les échecs, occupe les Indous des journées entières. La patience et l'intérêt avec lesquels ils se livrent à ce jeu languissant est vraiment étrange, et ce goût parait être de tous les temps. Dans le poëme du Mahabarata , Judishter, quoique célébré comme un modèle de sagesse royale, et ses quatre frères, sont représentés perdant leurs trésors et même leur royaume au jeu de dés. D'ailleurs cette mollesse ou délicatesse do constitution laisse inflammables, irritables à l'excès^ les passions et les facultés intellectuelles de l'Indou ; elle devient la soiuxc de ces contrafttes étranges dont

hk l/»OE sots LA D0JII?IÀT10N ANCLAIil.

nous avons déjà remarqué quelques uns. Des populalions entières de ces Indous à Textérieur doux, timide^ se laissent mourir de faim pour obtenir le redressement d'une injustice. Lâchasse leur fait supporter les plus rudes fatigues; malgré l(*ur indolence habituelle, ils poursuivent les tigres et les lions avec une ardeur, une hardiesse , une patience qu'aucun autre peuple ne saurait surpasser. Dans la guerre ils ont montré une bravoure que les Anglais ont plus d'une fois admirée. Us tremblent à Tidée de tuer un insecte, et se font broyer sous les roues des chars qui portent leurs divinités. Eux qui passent leur vie dans le repos et Toisiveté, ils se livrent à des pénitences dont aucun supplice connu en Europe ne saurait approcher. L'imagination a peutêlre d'autant plus de prise sur le corps que la con-» stitution physique a moins de force et d'énergie. On remarque quelque chose d'analogue chez les femmes (1).» Ces traits principaux du caracière de l'Indou se trouvent dans les cipayes. Cette puissance d'imagination dont nous venons de parler produit chez eux un résul- , tat qu*il est important de constater : c'est un attache^ ment, un dévoûment extraordinaires, pour les ofliciers qui ont captivé leur confiance. Un écrivain militaire a dit à ce propos : « Aucun autre individu que ceux qui en ont été les témoins ne saurait s'imaginer à quel point un officier européen peut s'attacher les cipayes. Ces derniers, ignorants qu'ils sont en général, ne connaissent que leur drapeau et un petit nombre de leurs camarades; mais ils devinent le caractère de leur ofïicier plus habilement que les soldats européens, et lui montrent beaucoup plus de reconnaissance que ces derniers pour

(1) Histoire d« la toii<i«<îte , etc., l. l".

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