LIV. VII. — INSTITUTIONS MILITAIHES
mauvaise, celle qui réunit le plus grand nombre d'inconvénients, qui méconnaît le plus complètement Je caractère des soldats indigènes.
Le dévoûment de ces soldats, il faut le dire encore, ne s'attache pas à une idée, mais à une personne. Le cipaye voit avec la plus profonde indifférence la domination anglaise. U la verrait s'écrouler et passerait luimême sans sourciller sous un nouveau maître. Mais il se dévoue corps et âme à TolBcier qui a su s'emparer de ses airections , le conduit bravement sur le champ de bataille, le traite dans ses cantonnements avec douceur et générosité.
La première organisation (celle de 1766) avait su tirer parti de cette tournured'esprit des cipayes. Elle donnait le commandement d'4in corps d'un millier dhommes ou environ à un seul officier européen assisté de deux autres. C'étaitdèslors chose facile au gouvernement, en raison de leur petit nombre, que de trouver des officiers éminemment propres à ce genre de service; il était en quelque sorte volontaire. Ceux-là seuls qui avaient de la sympathie pour les indigènes , qui savaient leurs langues, qui se plaisaient à leurs usages, s'y consacraient. D'un autre côté l'autorité de ces officiers, par suite de cette infériorité numérique, ne pouvait être que toute morale, llslecomprenaient; c'était seulement auxmoyens propres àl'établirsurce piedqu'ils s'adressaient ; et dès lors ils ne pouvaienl manquer de réussir.
Lasecondeorganisation, qui attacha un officier européen à chaque compagnie altéra gravement cet ordre de choses, sans pourtant le détruire. Alors encore parmi les officiers anglais ceux-là seuls qui se trouvaient du goftt etde l'aptitude pour ce genre de service le choisissaient. L'existence séparée de ces diverses comp.^gnies, Icnir II. 5
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effectif élevé,, tout cela donnait de Timportance à leur commandement. L'oQicier européen ménageait dès lors les soldats, s'efforçait de conquérir leur affection , se mêlait à eux autant que le permettait la difTérence des usages.
Sous la troisième organisation (1*796) , rien de tout cela n'existe plus. Le grand nombre des officiers anglais leur assure une prépondérance en quelque sorte matérielle; ils n'ont plus besoin de chercher à la conquérir, encore moins de lui donner pour base Taffectton de leurs soldats. Us arrivent à leur poste au sortir d'une école purement militaire, où ils n'ont rien ou presque rien appris des croyances, des langues, des mœurs de l'Inde. Le soldat indou leur est livré, mais avec bien plus d'inconvénients, comme l'est le soldat anglais aux officiers de l'armée royale, c'est-à-dire à la façon d'une matière brute, inanimée. Enfin l'administration de la compagnie a passé des mains de ceux qui vivaient avec le soldat à celles d'un état major et de colonels qui lui sont presque étrangers.
D'autres inconvénients plus considérables encore et d'une autre espèce dérivent aussi de cette dernière organisation. A l'origine de institution, un indigène, Mabomet-Issoof, commanda souvent la totalité des cipayes de Madras , c'est-à-dire un corps d'armée mon-' tant à S ou 6 mille hommes. D'autres indigènes après lui exercèrent encore des commandements fort considérables. La carrière se raccourcit singulièrement lorsqu'un officier européen fut attaché à chaque bataillon. Toutefois les talents , l'énergie , la bravoure des cipayes avaient enore un but honorable. Entre cet officier européen et le simple soldat se trouvaient grand nombre de grades dont plusieurs avaient de l'importance ; c'é-