‹ L'Inde sous la domination anglaise;Chapitre 20 sur 101 · LIV. VU. — INSTITUTIONS MiLlTAlUES · texte numérisé non relu

LIV. VU. — INSTITUTIONS MiLlTAlUES

le feu de rennemi jusqu'à ce qu'ils eussent lassé sa constance ; celui-ci s'éloignait alors, et le champ de bataille demeurait à leurs vaisseaux, délabrés et hors d'état de se mouvoir. Les généraux anglais adoptèrent une tactique exactement semblable à celle des amiraux. Le moment de livrer bataille était-il venu , ils se l)ornaient le plus souvent à attendre l'ennemi dans une position bien choisie, souvent fortiiiée d'avance. Le môme système se retrouve depuis les lignes de Torres-Vedras jusqu'au champ de bataille de Waterloo. Le général en chef, pour repousser l'ennemi, pour lui faire payer chèrement une attaque souvent téméraire, s'en fiait aux bras vigoureux, au sangfroid , au calme imperturbable, des enfants de la vieille Angleterre. L'ennemi était-il en effet repoussé , à peine le poursuivait-on quelques centaines de pas. Le général ^ contentait le plus souvent de conserver le champ de bataille. Se décidait-il à se mouvoir, c'était pour aller prendre à fort peu de distance quelque autre position où il devait agir de la même façon. En fait de science stratégique , le-ducde Wellington, dans ses campagnes de la Péninsule, semble parfois avoir voulu remonter jusqu'au système de la vieille école du maréchal Dawn.

Un auteur anonyme, mais militaire lui-même, a raillé spirituellement les généraux anglais de cette prudence excessive. « Rien n'est aussi recommandable , leur dit-il , que la générosité envers l'ennemi; le suivre l'épée dans les reins après la victoire, ce serait tirer avantage de sa détresse. Il vous suflBt d'avoir prouvé que vous pourrez le battre quand vous le jugerez convenable.... Vous agirez toujours ouvertement et de bonne foi avec amis et ennemis : ainsi vous vous gar^

76 l'lni»b sods la doiii?(ation anglaise.

dei^z bien de dérober une marche ou de tendre une embuscade. Vous n*attaquerez jamais Tennemi pendant la nuit; vous vous souviendrez d'Ajax allant combattre Hector : « Ciel , éclaire-nous, et combats contre V nous. 9 Si Tennemi se retire, laissez-lui quelques jours d'avance , afin de lui montrer que vous ne doutez pas de le surprendre quand vousTentreprendrez. Qui sait si un procédé si généreux ne l'engagera pas à s'arrêter? Après qu'il se sera retiré dans une place de sûreté; vous pourrez alors vous^ mettre à sa poursuite avec toute votre armée (1). v Ce n'est Ih sans doute qu'une charmante ironie , mais en dessous se trouve pourtant quelque vérité; sous les piquantes paroles de récriv;iin, force est donc de reconnaître certains inconvénients de ce génie militaire anglais dont nous avons exposé précédemment une partie des avantages.

Cette manière de combattre, au reste, est émi-> nemment adaptée au génie national de l'Angleterre. D'ailleurs, n'est-ce pas le cas de se rappeler le titre d'une pièce de Shakspeare : « Tout est bien qui finit bien » ? Or n'avons-nous pas vu , triste et fatal souvenir, une armée anglaise débarquée en Portugal venir, après six, campagnes, bivouaquer aux Champs-Elysées? Ajou-t tons qu'elle semblait s'être recrutée plutôt qu'affaiblie dans les rudes campagnes qu'elle venait d'achever.

La naturearistocratique du gouvernement qu'ils ser-^ vent est aussi pour beaucoup, nous le croyons, dans le mode de tactique et de stratégie adopté par les généraux anglais. Peuples et rois, impatients de tout obstacle, ont a chaque instant besoin de succès pour fixer leur capricieuse volonté. Les aristocraties, ayant hien davantage

(i) Advice to the officers ofthe brilish armyf t. I , p. 52â.

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