LIV VII — INSTITUTIONS 31ILITAIBES
la conscience do Tœuvre, savent en attendre avec plus de patience l'achèvement. Ce qu'elles demandent à leur généraux , à leurs hommes d'état, c'est seulement de ne pas les contrarier dans la voie où elles sont engagées ,' car elles ont la conscience d'y marcher droit au but. Sous Louis XIV un ordre delà cour, sous la Convention un ordre du comité de salut public, ont souvent obligé nos généraux à loulrisquer sur une carte ; à livrer des batailles décisives dans les circonstances les plus défavorables. Mais cette nécessité n'existe jîimais pour les ofliciers anglais. L'aristocratie leur demande avant tout de ne pas hasarder imprudemment l'instrument précieux qu'elle leuracontié; inutile aujourd'hui, elle saura bien en retrouver l'usage dès le lendemain ; elle sait surtout qu'il ne lui échappera jamais.
D'un autre côté, la nature même des choses éloignait jusqu'à un certain point les généraux anglais , dans leurs campagnes de l'Inde , des nouvelles combinaisons de la guerre moderne. L'organisation de Tarmée indou-britannique, les immenses bagages qui l'encombraient, le bazardent elle ne pouvait se séparer, l'état des populiations au milieu desquelles elle dut agir, la nature du pays où elle opérait, tout cela présentait comme autant d'obstacles aux grands mouvements de la stratégie européenne.
Le r(Me de la stratégie fut donc des moins considérables dans la conquêUî de Tlnde. Le fondateur de l'empire. Clive, ne se trouvait nullement préparé par ses antécédents à un grand rôle militaire. Appelé au milieu de circonstances critiques devant le conseil de Madras, il dit ce mot fameux : « Nous sommes les plus faibles sur la défensive , eh ! bien , prenons hardinie»t l'offensive. » Mais le génie do ta politique plus
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(|ue celui de la guerre dictait ces paroles. La bataille de Plassey, si féconde en vastes résultais, et qui ouvre rère de la domination anglaise, n'eut elle-même aucune importance militaire. La hardiesse politique de Clive en fit tous les frais. Sir Eyre Goote, demeuré le héros des récits traditionnels des cipayes, montra sans doute de grands talents; toutefois il est difficile d'en apprécier la portée. Les fautes incompréhensibles entassées comme à plaisir les unes sur les autres par ce malheureux Lally lui firent la partie si belle, qu'il est peu aisé de faire dans le succès la part de l'habileté de l'un, de l'incapacité de l'autre. Ce fut la bataille de Wandeswah qui livra aux Anglais la capitale des possessions françaises. Or Lally, divisant ses forces devant un ennemi déjà supérieur en nombre, offrant le combat dans la position la plus défavorable, avec une armée dont une partie se trouvait enchaînée à un siège, ne traçait-il pas de sa propre main tout le plan de campagne de son adversaire? M. de Bussy était un rival dont Coote n'aurait pas eu si bon marché. Mais la fatalité pesait alors sur la France, sur terre et sur mer, et dans toutes les parties du monde; elle l'éloigna du commandement.
Lord Cornwallis ne se montre pas plus à son avantage comme général que comme homme d'état. Danssa première campagne contre Tippoo , il arrive jusque sons le canon de Serîngapatnam sans seulement se douter que les vivres allaient lui manquer. Il recule alors aussi précipitamment qu'il s'est étourdiment avancé. A l'attaque des lignes de Tippoo, demeurée célèbre dans ^ l'histoire militaire de l'Inde, il dirige contre ces lignes trois attaques simultanées, toutes trois sérieuses, à doux lieues de son camp, sans avoir disposé la moindre