‹ L'Inde sous la domination anglaise;Chapitre 22 sur 101 · LIV. VII. — INSTITUTIONS MIUTAIBES · texte numérisé non relu

LIV. VII. — INSTITUTIONS MIUTAIBES

réserve. Le plus simple bon sens eonseillait deux fausses attaques et une réserve. Qu'une seule de celles ordonnées par lord Cornwallis eût manqué, et Tîppoo, en le repoussant, se trouvait à même de prendre en flanc et en queue les corps de l'armée anglaise encore occupés l'un et l'autre aux deux autres attaques. L'histoire des campagnes de lord Cornwallis permettrait de multiplier pour ainsi dire à l'infini les citations de ce genre.

LordLake, le duc de Wellington , alors sir Arthur Wellesley, le général Harris, firent preuve de talents militaires, mais non de premier ordre (1). Lord Lake était surtout remarquable, par une valeur ardente, impétueuse, impatiente, dédaigneuse de tout obstacle. On eût dit qu'il aimait mieux devoir la victoire à la vigueur de son bras qu'à la force de sa tête. Aborder l'ennemi partout où il le voyait , en quelque position qu'il fût, sans dispositions préalables, semblait tout le fond de sa tactique. A la bataille de Laswarée, il attaqua avec sa^ seule cavalerie un ennemi en position , tandis que son infanterie se trouvait encore à trois lieues du champ de bataille. Repoussé quatre fois en désordre, on peut dire qu'il perdit quatre fois la bataille avant de la gagner une. Si les Mahrattes avaient eu une organisation égale à celle des Anglais, pas un seul de ceux-ci ne leur aurait échappé. Lord Wellington, le général prudent des guerres de la Péninsule , était alors un officier de cavalerie d'une ardeur égale à celle de lord Lake. A la bataille d'Assye, il attaqua à la tête de sa cavalerie une infanterie parfaitement postée. Il

(1 ) Ceux de lord Wellington Pétaient sans aucun doute ; nous voulons seulement dire que les circonstances ne manifestent pas qu'ils le fussent.

est curieux de le voir de sang- froid, dans une lettre à sir Thomas Munro, justifier cette témérité, s*en excuser en quelque sorte, malgré le succès. Derrière ce téméraire odicier de cavalerie on voit déjà le général circonspect en même temps qu'intrépide, qui saura s'enfermer dans les lignes de Terres -Yedras. Le général Harris, vainqueur de Tippoo, était un général vieilli dans le métier, mais ayant conservé toute son ardeur. Il eut la bonne fortune d'arborer le drapeau anglais sur les murs de Seringapatnam ; toutefois lord Wellesley lui avait tracé ce glorieux chemin.

Le marquis de Wellesley, alors gouverneur général, était lui-même étranger au métier des armes: mais la supériorité d'esprit , là où elle existe à certain degré , peut facilement remplacer toute spécialité. Lord Wellesley traça donc un plan de campagne qui se trouvait d'accord avec les progrès dé la science militaire en Europe. II donnait au général Harris l'instruction formelle de se porter directement sur Serigapatnam en négligeant toute position intermédiaire. Dès lors il mettait ce dernier en mesure d'arriver sur Seringapatnam avec la totalité de ses forces; il resserrait la guerre dans un espace de temps assez étroit pour ne laisser aucune chance aux événements imprévus. Le succès le plus complot couronna cette combinaison habile par le côlé politique, hardie parle côté stratégique.

Chose singulière ! les deux grands adversaires des Anglais, Hyder et Tippoo , se montrèrent le plus souvent supérieurs à leurs rivaux dans l'art de la guerre. Peu de généraux égalèrent Hyder dans l'art de choisir ses positions, de dérober sa marche à l'ennemi , d'être toujours là où il n'était pas attendu. La défaite du colonel Bailli, la manœuvre habile par laquelle il tourna

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Tennemi à la bataille de Porto -Nuovo sont là ppur en témoigner. Tippoo hérita d'une partie de oes talents* On ne saurait choisir une position plus judicieuse que celle où il s'établit lors de la bataille d'Arikerie, livrée par lui pour empêcher le passage delà Cavery par l'armée anglaise : sa droite était appuyée à la rivière, son front inabordable, sa gauche touchait à une chaîne de montagnes ; les Anglais ne pouvaient aller à lui sans un long circuit , et ce détour lui laissait à lui-même le moyen de tes attaquer en flanc avec avantage. Ici en* core les citations pourraient être facilement multipliées.

Si le succès définitir n'en demeura pas moins aux Anglais, il faut en chercher la cause ailleurs que dans les talents de leurs généraux. Ce succès provint sans doute de la supériorité de l'organisation de nos armées européennes sur celles de l'Orient. Elle était en eiïet de nature à détruire toute égalité de chances, à rendre superflue toute combinaison stratégique. Toute direction est bonne à suivre , toute position est bonne à défendre ou facile à attaquer, à celui qui ne saurait manquer d'être toujours et partout inévitablement le plus fort. Le plus grand et le plus difficile problème de la stratégie (qui consiste précisément à se mettre dans cette condition) se trouve ainsi d'avance et constamment résolu en sa faveur. Cette seule organisation sufiisait à assurer aux Anglais ce même avantage que le génie de Frédéric ou de Napoléon leur donnait sur leurs adversaires. Qu'on me permette de répéter quelques paroles écrites ailleurs: « Supposons pour un moment qu'un art merveilleux ait trouvé lo moyen d'animer, de mettre en mouvement par un procédé quelconque, la vapeur par exempjto, une

forteresse entière ; que pourrait dans ce cas Imt l*ftH des César, des Frédéric ou des Napoléon? Eh bicB I telle est, jusqu'à un oertaln point , la situation de ms troupes européennes au milieu des armées deTÀsie ou de r Afrique. Voyez ce régiment, il se forme en earaé , se ploie en colonne, s'étend en ligne, avec un enaraabie, une unité, qui en font comme un seul éire d'une force et d'une puissance supérieure à ceux qui TaltaqueDt* L'impétuosité des soldats , le génie du chef ennemi , viendront paiement se brisera ses pieds, sans pouwir Tentamer. t

A défaut de combinaisons plus brillantes de quelques autres capitaines, il est du moins une qualité commune à tous les généraux anglais que nous aimons à signaler : c'est leur extrême parcimonie du sang du soldat. Cette même qualité distingua Turenne entre tous nos généraux , mais il ne semble que trop] souvent ravoir emportée dans son tombeau. D'après un calcul du grand Frédéric, une armée en campagne demand^mit un remplacement annuel du tiers de son efTectif. Le duc de Wellington , dans ses campagnes de la Péaiosute , modifia glorieusement cette proportion. Les six campagnes qu'il y fit n'exigèrent pas, l'une dans Taiitre, un recrutement supérieur au sixième.

Dans rinde les généraux anglais manifestèrent k» mêmes dispositions, se montrèrent animés des mèmw sentiments. Nous en citerons un exemple vraiment touchant.

Lord Lake, après avoir perdu quelques jours devant le fort d' Allyghur dans le but d'éviter un assaut SMi* glant, se vit pourtant dans la nécessité de le doniv^. Dans ses dépèches à lord Wellesley, rendant compte^de ses lAi^ressions pendant le combat, qui fût t^rt ible , 0t

' Mbt il êè Irertivait' ôxelu par son rsing^ il écrivait : â Iik ' n'ai jamais f>àfi6é dans ma vie de moment plus tmifli ' ^lÉgiVidâes.. . . » Pois eA terminant : « Je iK>ns demande ' pardon de ma prolixité ; mais j'ai Fesprit tellem^it troublé de la perte de tant de braves gens, que je sais à peine ce que je dis et ce que je fais (1). » Dix jours plus tard cette émotion du premier moment aurait dû sem« bler calmée, et il écrivait pourtant dans une autre dépêche : ft Je ne saurais trouver de paroles pour tout ce que j'ai senti à cette occasion, ni pour déplorer comme je le voudrais la perte de tant de braves gens qui ont raoeORibé (2). 9 Eaflii irois semaines après, (bns l'épanebement de Tamitié, il disait encore : i le puis dire I n'avoir épargné aucun effort en ma puissance pour évi- I ter œite effusion du sang humain ; c'est an grand mo- I tàt de consolation pour moi , car c'est mon opinion q^'aucmi homme dans ma situation ne doit aventurée légèrement la vie de ses soldats, ni livrer à un massa- 4tfe itmtiie ceu^ de l'ennemi. Ces sentiments , je l'espète, pferiâeront en ma faveur devant mon Créateur et devant ma pfttrie pour tout le sang versé ; ils me laisseront de p)m, je Tempère aussi , tous mes anciens titres à la oontinuatiiHi de la bienveillance et deTamitiéde ^Wre sâgneurie (3). »

Nous doutons qu'on puisse trouver ailleurs de plus feefles, de plus simples, de plus nobles paroles. Mais Combien ne sont -elles pas touchantes sous la i^ume qvâ les écrivait I Lord Lake, à la valeur ardente, impé* iuetisë, sur un autre théâtre reproduisait n<^ré Murât,

(0 WelMey,!. ni,p.SM.

(S) Id., ibid., p. 38t.

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ae roi de la caTaleriey eet enfonoeur de kitaillans» f lui aussi avait de Tallure du roi Agraman , et ydait à la charge dans un délire de joie et de courage ( a'il eut été porté sur Hippogriffe (1) ».

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