‹ L'Inde sous la domination anglaise;Chapitre 23 sur 101 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

De ta faiblesse des institotions militaires de Pemptre indoa-briUnnfqoe dans leurs rapports avee PofDBDsive et la défeative.

Nous avons montré par où péchait la nouvelle organisation militaire de Tarmée indou-britannique. Nous en avons indiqué, les inconvénients, les vices iolérieurs. Mais il n'est pas hors de propos d'examiner l'institution militaire sous un point de vue plu6 étendu^ dans ses rapports avec tes guerres offensive&et défensives où Tempire pourrait se trouver engagé.

L'armée indou-britannique, en 1830, comptait un , effectif de 263,000 hommes. Dans ce nombre se Iroi^ vaient à la vérité comprises certaines milices locales , soldats employés à b police, etc., qui,, déduits du chif-, fre précédent, le faisaient tomber à 214 mille. Or le premier de ces chiffres ne constituerait dé|à qu'une armée excessivement Êiiblc dans ses rapports avec la masse de la population. Aussi, en Russie,, par exenople, on compte un soldat sur 57 habitants ; en France , der puis la révolution de juillet, 1 sur 7&; en Prusse, 1 sur 80'^ en Autriche „ 1 sur 11&; en Angleterre» 1 sur 380; et dans l'Inde, ce serait seulement 1 »ur 600. ,

(t) M. deCliftteanbriandy Con^èt ée Vétonêf t. l«%p^7»

UT» m. — INSTtTOnONB HSLlTàlftls; 85

D'uû aut|*e côté , si Ton établissait une proportion «Atre I-effidctif de Farinée et rétendue du territoire qu'elle est chargée de défendre, sa feiblesse relative pa* raitrait encore plus évidente. Or ce rapport est dès plus essentiels, comme personne ne Tignore, pour exprimer la force offensive oùdérensive d'un état quelconque. Des troupes disséminées sur une trop vaste étendue de territoire ne peuvent être facilement rassemblées ni pourPattaque, ni pour la défense : c'est le cas de l'empire indou- britannique plus que de tout autre. Elles se trouvent là disséminées sur une surbce knmense. On ne saurait pourtant les agglomérer par nasses plus considérables, car la situation politique du pays', la nature des rdations du gouveni^nent anglais avec les indigènes, réclament leur présence simultanée, sur tous les points à la fois. D'autres circonstances viennent racore ajouter à cette cause de faiblesse et d'isolement.

L'armée ne s'appuie sur rien ; elle n'a derrière elle ni milices armées ( au moins sont-elles en trop petit nombre pour être comptées), ni réserve som un nom quiconque. Elle est, en un mot, réduite à ses propres forces^ elle est campée au milieu de l'empire comme ^le le serait en pays ennemi.

Un remède en apparence fort aisé se présente à tous ces inccmvéniénts : c'est d'augmenter l'armée , puisqu'elle se trouve trop&itde. Mais la situation desfinan^ «es ne le permet enaucune façon. Semblable par c^c6téà plusieurs états européens, l'émi^re indou-britannique, au milieu des circonstances les plus favoraMes, peut à peioe subvenir à l'entretien de son armée sur le pied de paix. Les dépenses de cette armée emportent au delà de la moitié de son budget. Les moindres guerres en-

tridnent d'iDenlcuIables dépenses. Les dew ewnptgieo ooniM te BlriMM , la dernière expédition deOnbovl , ont creusé d'immeues déficits (1). IMas les dent eM Cendant les corps d'armée d^opérationneftureftt J»maie bien considérables.

L'empire indou-brilaimique se trowerait doM daoe rimposâbiUlé de soutenir avec ses propres ressoiu^ees une guerre long-temps prolongée. L'Angleterre devratt y suppléer. Mais sa situation le lui permettrait*eUe? U est permis d'en douter. En tout cas , la question se raè* tadie par ce cdté à des considérations de politique eiH ropéenne ; elle deyient dès lors étrangère k odlea <qtti nous occupent en ce moment, liais il en est d'autres sur lesqudles au CMitraire nous de^OM iaaister. ^ La situation intérieure de l'empire rendrût fint dan» gereuse pour la domination anglaise toute guerre aép rieuse et prolongée. Nos armées européennes, quand elles guerroient sur la frontière , trouvent d'ofdiamne un appui dans la population. Dafts 1 Inde $ au eantinire 9 une partie de Tarmée devrait être efii|^oyée à toaili» tenir sons le joug certaines populations to«^«rs prMas à y échapper. Sur ce point les témoignages soitf aussi nombreux que dédsife. Si le second sié^dde BfaurIpMfr eût échoué comme le premier» un mtttion d'hommeal» soulevait incontinent. Un des hommes les plusgrav^ , les mieux informés qui aient habile l'Inde, disait devant fa chambre des pain: « U y a dans l'Inde comme %il-* leurs, et plus qu'ailleurs, une dasse liombretias , ae recrutant dans les castes inférieiires, toi^urs piélidA sarvir sous le drapeau qui hu asswne sa SuMslwm« Ces gens là n'ont aucune idée de ne que flous mummis

(1) Voiries papiers relatifs à ces diverses eipédttioos et soumis aa par* lement.

LIT. TJX, -r IKSTITIITXONS MIUTAIUS. S7

loyauté, etc., du moins si ce n'est à l'égard dxi maitro qu'ib servent (1). » — « On peut calculer, dit u^ autre écrivain f qu'il existe dansTInde une population d'en* viroadeux millions de soldats contraints par le gouvernement anglais à transformer leurs sabres en socs de charrue», ipais qui au moindre signal 9 à la moindre espérance de pillage^ oubiensur l'excitatiotidecbèfs hardis et capables ,, sont toiyours prêts à re(Mrend,re leurs armes (3). v Le gouvernement anglais trouverait sans doute de nosnbreuses recrues parmi ces aventurîers ^ mais une armée d'invasion y r^acontrerait bien plus certainement encore d'innombrables auxiliaires. L'at« trait d'un pillage illimité agirait bien plus pulssam^nent sur eux que l'avantage assuré. d'une solde régulière.

Dans le cas où l'armée d'invasion serait européenne W s'a^ipuierait sur un corps européen» une difficulté d'un autre genre se rencontrerait p^ut-être. L'armée . anglo^indoue serait-elle en mesure de kii opposer une résistance eCficace? Beaucoup de militaires anglais, et des plus distingués» ne craignent pas de laisser percer leurs doutes sur ce point. « L'armée anglo- indoue , BOUS dit l'w d'eux ) parait parfaitement en mesure de remplir l'olpjet qu'on veut lui faire atteindre en tempâ ordinaire; elle est, comme on l'a dit , parfaitement adéquate à la tâctve qui lui est imposée. Mais, s'il s'agissait de repousser un corps d'invasion européen, il faudrait surtout s'en reporter aux bayonnettes anglaises; il servit iro^ dangereux d'exposer les cipayes à ime pre* mière c^Êûie.. Et certes il ne s'agit pas ici de dépi^ier' le earadère militaire de ces soldats : on les a vus avancer là où des grenadiers anglais hésitaient en(>ore }toute-

(0 EnquiU , t. V, p. 484. (2) /d., /d.

88 L'tKM tOOS LA DOMINATION ANOLAUt.

fois y nous le répétons^ ils ne sauraient être opposés à des Européens sans danger pour nous. L'idée exagérée qu'ils se font de ces derniers est sans doute pour beau* coup dans cette infériorité relative; mais enfin elle existe (1). v

La domination anglaise est fondée tout entière , en eflet, sur l'idée de la supériorité de l'Européen sur l'Indou. Cette idée a été semée dans les esprits, entrete* nue, par les Anglais, avec une grande habileté, un soin de tous les moments. On a vu maintes fois des gé* néraux anglais livrer bataille, la gagner en réalité avec des cipayes, mais la faire décider cependant, au dernier moment , par des corps européens en réserve; de telle sorte que c'est à ceux-ci qu'en revenait tout l'honneur, qu'ils s'en élevaient d'autant plus dans l'esprit des troupes indigènes. Or, dans le cas dont il s'agit, la précaution tournerait contre ses auteurs. Le cipaye ne pourrait abandonner tout à coup, en présence des troupes européennes, cette idée dont il a été nourri. D'un autre côté , n'y aurait-il pas des inconvénients d'un autre sorte à ce que les cipayes ne s'égalassent trop rapidement et trop complètement , à leurs propres yeux, aux Européens, c'est-à-dire aux Anglais?

Qui pourrait dire encore que dans la situation péni« ble, cruelle , que leur a créée la nouvelle organisation , les officiers-, c'est-à-dire les troupes indigènes , se maintiendraient inébranlables dans leur fidélité? La soumission de ces troupes envers les Anglais victorieux persis* terait-elle envers les Anglais vaincus ou seulement courant la chance de l'être bientôt? Il est permis d'en douter. « Les indigènes, nous dit sir John Shore, ne sup-

(1) Duff, Enquêté, t. V, p. 481.

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